Comme toujours, la mise en page est mieux respectée par une lecure sur ordinateur.
TEMPS DE LECTURE : CINQ MINUTES. ? MAIS DAVANTAGE POUR LES IMAGES ?
(Car nombreuses : c’est le quartier…)
La réunion avec les amis de l’Association Fraternelle avait duré tard.
Jacques, l’Orateur, avait médité à voix haute sur les valeurs de l’engagement; sur le double maniement du sabre et du marteau = détruire et construire : l’impossible conciliation des contraires dans le projet d’une évolution radicale de l’homme, des hommes, de l’Humanité. C’est l’étroit chemin de la conscience, celle de soi et des autres, sans laquelle nulle volonté d’humanité meilleure n’est applicable. Il a dit, Jacques. Et aussi la phrase suivante : La puissance de notre engagement tient à cette mobilité agile entre ce qui blesse et ce qui répare.
Si l’opposition des moyens nous conduisait à l’angoisse, c’est-à-dire à l’inaction, continuait-il sans vaciller, c’est-à-dire au bord de l’abîme, nous aurions (quoi qu’il en fût) le recours inépuisabe de notre conscience, tout ce qui surnage : notre parole de fraternité.
Et ainsi de suite. Quand il veut, Jacques sait trouver- au moins – le chemin de l’ennui, le sien et celui des autres.
Puis ce fut le débat.
Ensuite, excellente façon de revenir au réel, tout le monde prend l’ascenseur pour le 7 ème, où le restaurant ( terrasse en été, vue sur Paris, ) peut servir d’un coup le vin trop fort des Cotes du Rhône, rude moteur pour accélérer les débat sérieux et polis de la réunion.
Mais c’était, ce soir là, comme de plus en plus souvent, un peu trop pour Deejee-PAP.
Il avait marché jusqu’au métro, changé pour un bus (Paris est petit mais compliqué). Il avait finalement choisi- pour se dégourdir les jambes, après la cervelle, par descendre quelques arrêts trop tôt. Deejje-PAP/75 jamais ne pense avoir assez marché dans sa journée.
Ni assez couru. Ni assez lu. Ni assez…
Voila pourquoi, cette fois, il entendit les bruits et les musiques, sur la place, devant les vieux Bains-Douches, un peu avant l’immeuble où d’habitude il quitte le bus.
Le » Centre d’Animation Belleville« , devant lequel on passe cent fois le jour, et qui dirait-on dort sans dorer, brillait dans la nuit. De vastes lumières rouges, mobiles, insistantes, gaspillaient leurs zébrures dans le ciel jamais noir de Paris. Sur la place, quittant une pièce surpeuplée, beaucoup partageaient des verres de diverses couleurs rouges.
On était jeunes. On n’était pas vêtu cher, ni pauvre. On riait et parlait fort.

Des mouvements prévisibles poussaient des fragments de foule à entrer, puis d’autres sortaient. A l’intérieur, malgré le brouhaha, un porte-voix énonçait des tons que ne comprenait pas Deejee-PAP 75. Réunion politique ? Bruyant « after » d’une fête locale ? Sortie d’études ou -pire!-bizutage de l’un des multiples lieux du quartier, théatre, atelier, conservatoire – (mais peu vraisemblable !)- moment partagé par les fidèles de la basilique orthodoxe copte, toute proche ? ( et toute discète).
A l’intérieur, tout se pimentait. Au bar, on servait des « shots » écarlates et piquants. Des tables improvisées offraient- à prix coûtants – des liqueurs sévères, des bruns sombres et rouges vifs. Plus loin, sur des nappes, toutes sortes de colifichets à formes allongées, pointus, contournés, pigmentés. Mais ce n’était pas une série de sex toys près d’une gare provinciale.
Par instants, la porte-voix ( une grande fille, pâle aux cheveux rouges) incitait à se ruer au bar( shots écarlates) ou vers le guichet du passe-plat : fournée brûlante de gateaux à formes longues, pour gouteurs friands d’épices.

On ne célébrait pas ici, dans une fête gourmande et paienne ( héritière cultivée de temps Latins), le bonheur de Priape ou les ardeurs (mesurées!) des garçons gaillards.
Plus simplement, plus aimablement, mais avec un piquant plus certain de lui-même, le quartier – le Belleville de DeeJee-PAP- riait dru et buvait pointu pour :
« LA FETE DU PIMENT ROUGE ». 
Du piment, du rouge, du long croquable, et du vrai buvable, en colliers ou en bocal, en poudre bizarrement presque violette ou en bouteilles couleur vitrail.
DU PIMENT. ROUGE. UNE FETE. Rien d’autre. Belleville-la-toujours Rouge.
La célébration- joyeuse et bruyante- avait gagné une partie de la place. Belleville la Communarde fête le rouge du piment : la fête du bonnet phrygien déguisé en légume ? Le fantôme batailleur de Louise Michel offre-t-il son menu et ses cris en couleurs, retour de bagne?
A quelques pas d’ici, dans une villa d’allure très bourgeoise, un Monsieur Thiers local s’agaçait -il ( impuissant) à chercher le sommeil ? Enérvé. Et plus de Stilnox ni de Lexomil. Mais seul, et minoritaire, aussi, tellement.
Entre temps, trois bus étaient passés, marquant l’arrêt sans que monte DeeJee-PAP 75. Lequel, shot aux lèvres, à cette heure, croquait la galette foudroyante qu’avait proposée, près du bar, une plutôt pimentée très jeune et très rousse, tout de rouges …
…et de verve vêtue.
Ici, C’est pas le Flore, on n’a pas de touristes yankees ou quataris prenant la veste blanche du serveur pour le spectre de Sartre, ou la balayette à miettes pour la moustache de Simone. Ici, on sert du piment pour la vie trop banale des jours ouvrés.
FAITES DU PIMENT ? Rouge ?
Symbole un peu piquant. Ici, on verse du rouge et offre de bons coups, pour éviter les coups du sort ou le rouge raté des barricades mortes.
Visiblement, Deejee-Pap avait plus tôt eu mille fois raison de ne pas se joindre aux bavards buveurs du restaurant du 7 ème : ici, on méditait moins, mangeait mieux. Et, en plus brûlante compagnie, on vivait la chaude vie de Belleville-la-Plurielle, vite dans le rouge en fin de mois, au lieu de raisonner à froid sur la conscience, sans fin du Moi.

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Didier Jouault , pour DeeJee-PAP/75 : Interstice -n°1- / « Du piment à Belleville-la-Rouge » (au coeur d’un récit plus large : tendresses et justesses du Temps de 75)

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