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C’est le dernier soir des » Grands Feux ». Les fours de potiers sont fermés sur les bois, chaleur quasi humaine qui fait lentemlent de l’objet avec de la terre et des mains.
Le village suspend le temps : demain, après-demain, on ouvre la porte. On extrait ce que le rêve et le geste ont imaginé : quelques pièces encore chaudes ont brûlé, d’autres sont fendues, la plupart brille, s’étale ensuite sur l’étagère de bois dur. Plus tard, dans les semaines à venir, les clientes et visiteurs du village pourront choisir de quoi emporter ces fragments de temps et de travail. Pour une étagère de la bibiothèque, le bureau, une esquisse de méditation.
Telle cette oeuvre de doigts et de feu et de terre en creux, due à Georges JEANCLOS, et qu’admira aussi Laurent.
Ouvrir le four, au terme de la dernière cuisson, c’est un peu comme poser ici, sur le clavier de DeeJe-PAP/75, les mots du passé soudain transformés en pure présence de l’objet : proche du projet, ou fragilement fêlé, ou boiteux d’une irréparable fêlure, jamais identique parfaitement au rêve initial, mais parfois tout de même acceptable : SEPTANTE QUINZE étant venus, on sait à quoi s’attendre
. A défaut du parfait, le mieux est bienvenu.
Demain, après- demain, dans le silence froid du village quitté par touristes et acheteurs, l’objet révèlera ce qu’il a retenu de l’intention. Trop tard pour rien changer. Comme les poèmes publiés jadis. Tant pis pour les ratages.
Mais, ce soir de « Clôture » des » Grands Feux », après dix jours d’expositions et conférences.
Les food trucks d’ici vendent les burgers au chèvre, les feuilletés à la carpe, les pâtés chauds de pomme de terre et chair dure de canard. Le simplet mais accueillant petit vin du Genois surpasse la bière des rares Parisiens.

Il y a un immense Karaoke, espace demi-couvert, aussitôt rempli. Les jeunes- si jeunes- que DeeJee-PAP 75 est venu retrouver ici quittent plusieurs fois la foule trémoussante pour aller, à leur tout, crier des chansons anglaises ou anciennes. Sur le Iphone, on trouverait ensuite des vidéos implacables de fausses notes, et toutefois si tendrement rieuses.
Tard, le concert populaire commence, guitares usées, batterie sourde.
DeeJee-PAP 75 alors discrètement s’éloigne.

Ensuite, lentement, retour, paisible, seul, et on roule sur les routes sombres du Berry dans la voiture un peu fraîche.
Succédant aux cris joyeux et aux verres vides, sursautent les éclats brûlants des panneaux, ou le passage fugitif, presque fantômatique, d’une église de village oubliant dans sa lumière jaune les consignes d’économie.

Par la radio de la petite voiture, France-Culture passe un Replay de « Allez-y-voir » et Patrick Boucheron évoque les nus de Bonnard, de Gauguin, d’autres moins connus de Renoir : ce qu’on peut dévoiler, dit-il, en cachant à moitié et ce qu’il est longtemps interdit d’exposer- hormis dans l’absolu secret d’une collection privée.
Souriant , DeeJee-PAP 75 pense aux images de nus plus ou moins caviardés qui traversent les « posts » ici, dès les début, dix ans déjà,
saison 1, en août 2015 » S.P.O. » Ici, et Linkedin, et Facebook, des nus passant inaperçus ( sauf un « avertissement », retiré ensuite)…
On arrive au village, on a roulé avec douceur tant la nuit est pleine.
Dans la maison solitaire, le feu s’est évidemment éteint,
et les murs de la petite chambre blanc-brun jouent à se renvoyer des images de Karaokés vibrants, ou de nus en nage à force de danser dans la tête.
Demain, ou après-demain, à trente kilomètres, les potiers ouvriront les fours : parmi les objets, souvenirs d’un projet, tant et tant de petits bonheurs.
Le four de DeeJee-PAP 75 : tant d’objets et tant de projets.
Même sur les routes étroites du Berry la nuit, entre les brumes ou les vaillances criardes des panneaux, c’est tendre, la vie.
Tant d’objets, de sujets, de projets. Au moins pour cent ans.
Mais aussi-heureusement- les palabres de Mademoiselle A. 
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Didier Jouault pour : DeeJee-PAP / 75, Interstices instantanés (- 3 -)…. »Rouler la nuit en Berry » /(dans le continuum d’un récit des tendresses et justesses du Temps de 75.

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