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TEMPS DE LECTURE : QUATRE MINUTES
Sur la place, en bas, la boite à livres fait l’objet de controverses quasiment médiévales. Depuis peu, on a remplacé l’ancienne, toute de bois vermoulu et trempé d’orages, de canettes mal finies, de chiens hyperprostatiques.
Sur la « page Facebook » et les » Boucles WhatsApp « (à défaut des concierges de la rue Vilin ou de la rue Piat, disparues un peu après la mort de Vilin ou Piat, dirigeants de La commune), et même sur les deux bancs du coin où Deejee-Pap 75 voit qu’alternent – sans le savoir! – les proprettes lycéennes de la boite privée proche ( soda et chips à 16 heures) et les pochards un peu pas propres du soir ( canette et canette), un peu partout la boite à livres joue son rôle de lavoir public, de fontaine populaire. Verse/déverse et papotage.
En premier, il y eut baucoup de livres, et Deejee-Pap eut même l’occasion d’un bref échange, devant la boite, avec un vieux et demi-célèbre comédien vu la veille ( à l’Atelier) jouant Beckett.
En deuxième, il y eut- selon les rumeurs- des similis brocanteurs venant au réassort, authentiques traîtres à la solidarité locale, revendeurs de dons comme si un curé de village soldait pour pas cher les fantasmes énoncés en confession.
En troisième, sur les étagères en conséquence dépouillées, quelque main de vieille malveillante déposa les crottes d’un chien sans maître.
Une travailleuse pressée ignora l’injure métaphorique selon laquelle les livres c’est de la merde. 
Alors la boite fut morte.
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En quatrième, lors de son habituel passage, vers 5h30 du matin, l’équipe municipale balaya au jet et au balai ce qu’il pouvait rester d’incongru encombrant sur le bois souillé, en même temps que les feuilles mortes, les cannettes vides abandonnées sous les bancs, les mégots d’herbe folle.
Alors la boite fut morte.
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Et pourtant, vers 6h15, lorsqu’il descendit jusqu’au bar de « Les rigoles » pour le café, Deejee-PAP 75 ( coup d’oeil presque sociologique vers la boite à livres) s’aperçut qu’un dépôt avait eu lieu ; sur l’étagère du mileu, encore fumant un peu d’humidité froide, on avait abandonné, mais comme rangés, trois ektachromes très propres, alignés dans leur format banal des années avant numérique.
Lues, au recto, trois dates : 7 août 2022 / Septembre 2022/ 13 octobre 2022 .
Plus de trois ans avant ce matin de Deejee PAP 75 devant la boite à livres.
La troisième, plus floue, est la photo d’une photo, comme si- déjà – la distance du témoignage l’emportait sur la vérité du vivant.
Deejee-PAP 75 se met à retrograder.
Toute image abandonnée est un futur à explorer.
C’est le principe même de cette activité maligne, l’écriture. Ainsi exista, longtemps, un « narrateur alternatif », fantasque personnage imaginé depuis le noir-et-blanc, format identité, trouvé au pied d’une poubelle urbaine. Dans une série précédente, il y avait ausssi…
Mademoiselle A.( récitant son rôle ) : dans une série d’avant, qu’il avait intitulée « Séquences Publiques d’Oubli« , entre 2015 et 2019, il y avait du passé, mais le passé a fini son temps, tout comme s’est achevée la période où- se surnommant YDIT,– il avait raconté deux histoires : l’émouvante rencontre de Silvia dans Le jardin de Giorgio Bassani jusqu’en 2022, puis l’indélicate existence de Marcel Malbée, dit Le parrain. Suffit tout cela, dit Mademoiselle A. L’année finit et c’est donc l’heure du présent, le futur proche de ce présent.
On ne peut sérieusement parler que de cela. Quand on a Septante-Quinze et davantage : le futur, seulement le futur.
Sinon : le canyon tumultueux des torrents de la mémoire. La mémoire, si on écoute, c’est toujours un barrage qui lâche, arrache, détache, ravage.
DeeJee-PAP demande si le principe reste vrai, même si d’évidence le futur s’annonce habillé de désastres, béquillé de catastrophes ?
Elle a, depuis le début, Mademoiselle A., si on tente l’expérience un peu vaine de la contredire, elle a trouvé le réflexe de réponses imagées- qu’on dénoncerait volontiers au nom des grands principes ( mais toucher à Mademoiselle A. c’est comme dépecer un fantasme).
Réponses en photos anciennes, tirées de boites usées, formes et couleurs réveillées, puis caviardées par les ajouts de mots, pour contourner la censure, et surtout pour détourner le regard de DeeJee-PAP 75 hors de ce que l’image cache, plutôt que vers le miroir sans teint du souvenir démaquillé. Parce que ces troubles images – indispensablement dépassées, risqueraient de dérouter vers le regret les jours de maintenant, destinés au seul futur, au présent du futur. Si on regarde le regret dans les yeux, on est foutus.
Sinon : danger
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Sur l’étagère de la boite à livres, toute une histoire -et pour cette brève série d’inrermèdes, Mademoiselle A. que l’hiver enrhume, décide de se taire !
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Mademoiselle A. :
» Je vous l’avais bien dit pourtant :
à cet age, la mémoire, c’est comme l’arsenic dans la tisane. Discret et imbattable. »
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Didier Jouault , pour : DeeJee-PAP/75 Interstices instantanés ( – 5 –) « Trois clichés d’une boite à livres » (à partir des sourds échos tendres du Temps passant )…

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