Attention : Comme d’habitude, « lire sur ordinateur » permet de restituer le long effort de mise en page…
DUREE DE LECTURE : 7 MINUTES, mais c’est janvier,
noir dehors, on a le temps.
Comme un Vieux qui revient dans son pays sans fortune, comme un Vieux qui revient en Corse sans fusil, ou en Creuse, ou a Péronne ou encore vers Dournenez ( on pourrait dire aussi dans n’importe quel village de vies antérieures, -Baye, Lyzant, Dolus, ou même Coulmelles- puisque villages et visages, passages et portages, voyages et usages, tout se mêle pour construire l’atlas intérieur ou réinventer les chemins), 
Comme un vieux qui débuterait l’année à n’importe quel moment, dans ce temps singulier d’ici, BELLEVILLE, 
Comme un vieux combattant sorti de prison et qui pousse la porte basse de la Maison des Arts et Lettres, la porte du Temple des dimanches et des mardis, ou celle de l’Académie des Liseurs de Borgès, ou de Pérec, ou de Dumas/Duras/Dupas, car tout se mêle pour construire l’atlas intérieur, ou réinventer les récits,

Comme un Vieux libéré de ses obligations militaires, liminaires, terre-à terre, aussi le voici de retour chez lui, l’homme voyageur et fatigué, mobile et usé, l’homme DeeJee-PAP 75. Ici. BELLEVILLE . Une forme de Paris, encore parisien depuis trop peu ( 1860) pour se prendre pour le Gai Paris.

Elle ( Mademoiselle A., prenant la suite d’autres) l’a vu toujours assis de biais sur les chaises et posé du coin d’un genou sur le canapé du hall, prêt à se lever pour un voyage, une mission, un métro, une aventure,

Elle ( Mademoiselle A.) l’a vu jamais assis au fond des choses ou des sièges, trop léger, comme installé de travers afin de plus vite réinvestir la liberté ( ou l’apparence de cela) retrouver de la mobilité, espèce de gamin-cailloux-dans-les-mains et caramels dans les poches, couinement du vélo en bas du virage près du lavoir à Baye jadis, vêtements du scooter issus du parking souterrain, appel criard de Tyne ou Gégé ( on ne raconte pas, dirait Mademoiselle A., mais elle n’écoute pas tout, elle non plus ) depuis la portière devant l’hôtel, parfois il a été en retard sur l’attente, à chaque fois guilleret et mobile au premier signe- et il arriva même que le départ fût racine d’erreur- fausse route, dérapage, enthousiasme dévoyé, abandon nécessaire, malfaçon sans remords. Banal. Aiguillage trompeur.
On repeint/reprend les remords ? Envers?

De certains mouvements (Mademoiselle A. dirait : la plupart ? mais non, elle l’aime trop), on aurait pu les effacer du brouillon avant le bon à tirer : bons à jeter !
Mais ? demande Deejee-Pap 75, car ce qu’il aime surtout c’est bien d’écouter bien.
Mademoiselle A. l’a rencontré, Dee-Jee-PAP 75, les Anciens de ceci qu’on lit maintenant le savent, il y a un an ou environ. Ensemble, ils visitaient une exposition, sur le corps ou quelquechose de ce genre ( le genre du corps ?) , ils avaient parlé, elle avait proposé….
Depuis, elle dirige une part de ses chemins en faisant mine de l’accompagner. Habituel trucage de la relation.
Banal. Accompagner.
Accompagner : être devant et marcher derrière : soutenir les élans, préserver les mots, contenir l’inutile. Présences .
Et, dit-elle, maintenant, DeeJeePAP 75 ( attention, ça glisse vers 76…), depuis cet après- midi de nous qui se rencontrent, vous et moi, vous avez posé les souvenirs et le moteur muet des attentes sur le parquet de la place Malberg, vers ce café des « Rigoles » et dans les murs anciens de l’immeuble qui vous abrite(1899-1900), presqu’au centre du triangle effacé des lieux de naissance et de vie : rue Landrin, Gambetta, rue du Belvédère, Porte des Lilas, rue du Télégraphe, près du cimetière aux célébrités oubliées.
Télégraphe, Belleville, Lilas. Arrondissement XX, Paris-Peuples. Triangle virtuel, creux de temps et de territoires, sols longtemps peuplés de pauves immigrés de l’intérieur( pour vous, pieds du Cotentin ou Somme, terre ingrates de gras et de riens) et de misérables fuyards venus de l’est impérieux, accueillis dans le rien du partagé.
Le plus si neuf dans le vieux du encore pas si cassé.

Aussi, bien sûr, on perçoit le long long étalement des jours qui savent peu digérer la nuit de cette période. Marrons et chocolats, froids dehors et pauvreté, d’interminables charettes de voeux vides, où se confondent les tendresses véritables-parfois- et les vanités assurées d’elles -mêmes -souvent.
Il y a cette nouvelle enfant, La toute Petite Mademoiselle P. ici et ailleurs, qui n’apprend pas à dormir, qui fut malade( voir précédents poosts) et tous veillent sur ses impossibles sommeils, et protègent les sommeils courts des parents.
Il y a l’insupportable violence du froid ( qui contraint aux camisoles de laine et bonnets de ridicule), il y a le chapitre huit de Chapoutot, « Les Irresponsables » ouvert sur le bras d’un fauteuil, impatience de continuer, mais ceci d’ici à écrire avant – l’étrange contrainte venue de soi-même : écrire « ceci« -, et « La Chambre des Enfants » de René Louis des Forets posé sur la table de bois, on ne le reprendra pas, livre trop loin et d’un langage comme absent, plus assez de temps maintenanat pour les livres sans humanité vraie ou sans vraie littérature, il y a les méandres superbes et les subtilistés ravageuses du film » Le temps des moissons« (des saisons, il a failli écrire) ( le mot « saison » :
« Les Saisons » de Pons, est l’un des rares objets de vie ayant été transportés d’un immeuble à l’autre en déménageant, comme on emporte un manuel de magie brune, un volume de recettes du malheur, manuel de la violence de l’écriture,livre de lentilles et de sang brun) ,
Il y a les balades sur les quais où personne ne court dans ce froid, et les dîners sur les chaises anciennes, trop fragiles sauf pour les fesses très serrées d’une bourgeoise de CALAIS un après-midi de thé, mais y viennent des amis ou la famille

et les voeux, et les voeux pour les vieux, les voeux pour les jeux, les voeux pour les yeux, les voeux pour les rieurs, les voeux pour…Souhaiter qu’on garde la liberté, qu’on repousse la pauvreté, qu’on magnifie l’intelligence du commun et les savoirs de la tendrese? Banal. Et facile comme d’hab, aurait dit Marc, injurieux.

Ici, et pour cet incertain toujours d’à présent, on est à Belleville, on n’est pas aux Maldives ou à Courchevel, d’ici – sans la neige -on irait en ville à la bibliothèque et au restaurant de Mortagne ou d’Aubigny, ces lieux de campagne traversés sans être dévastés.
Il y a les désirs d’accélérer le temps pour mieux savoir qui et comment aider, rencontrer, apaiser, oublier, aimer, croiser sans voir, mais ce désir d’aller vite, à 75 et davantage, déraisonnable,
Et on ne devrait ici rêver que de la fin du vent, rien d’autre, de l’extinction de la marée, de l’affaissement des voiles sur un pont où s’allongent avec une fervente paix les corps enfin reposés, libérés des urgences, assouplis des exigences.
Il y a sur les coins de la cheminée une peinture un peu cachée, sur l’étagère un livre un peu corné, dans le tiroir une ordonnance un peu pliée…Il y a -avant tout pour quelques personnes- l’abandon puissant et délicat au jeu des lettres, crayon jadis, stylo feutre naguère, clavier maintenant, et quoi demain ?- pour ce temps magique des fuites parfaites maquillées en devoirs à la maison ( mais ça ne trompe, personne) : les pages d’écriture.
Le clavier silencieux, dernier pont de caravelle pour s’enfuir au dedans de soi et repousser l’épine du monde.
Ceci même. Encore. Banal. Pas, si facile. Les mots émus du clavier silencieux

Un souhait unique et permament, que – adouci du monde dans le halo de ces peu nombreuses personnes – cela perdure : le mouvement des mots dans la tête et les écritures mobilisées en faible remparts contre le silence, contre l’absence, contre l’oubli, la solitude, le silence, l’oubli. L’absence. L’oubli.
Mais- demande Mademoiselle A– tendre et coquine, comme toutes les filles face à leur père, Que souhaiter de vrai pour un homme de Septante quinze et plus, en hiver ?
Souhaiter qu’on garde la liberté, qu’on repousse la pauvreté, qu’on magnifie l’intelligence du commun et les savoirs de la tendrese?
Mademoiselle A. : « Pas de doute, quel banal bavard vous faites, DeeJee-PAP! »
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Didier Jouault pour : Deejee-PAP 75, dans les échos tendres du temps d’après / Insterstice n° 8 : comme un Vieux qui revient en Corse, Arrondissement XX, Paris-Peuple. A suivre !

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