Rappel : il vaut mieux cliquer » lire sur ordinateur »
TEMPS DE LECTURE : 4 Minutes. Temps de regard : 3 minutes (images parfois déjà vues )
Ce matin, éveil tôt malgré le bonbon blanc d’hier soir. Ce matin, les lignes sont occupées à se mettre seules sur le clavier. Ce matin, les touches ont l’allure ( lente ! ) de mémères usées, glissées dans une BD avec Carmen CRU. Ce matin, les écrans montrent des visages de Bretonnes en-noirées par un paragraphe de Simenon, ou de pénitentes bellevilloises qui attendent rue Haxo ( N.D. des Otages… de 1871 !) l’absolution acquise d’un preste geste de langue supportant l’ostie.
Motif, n’avoir pas dénoncé à temps les Louise Michel des barricades, qui rôdaient encore dans ce coin.
Plus tard (mais pas d’urgence, à cet age ! ) on reprendra ici des mots et des images ( affectives, mentales?) d’un acteur de premier rôle et d’une rare intensité d’analyse : » L’Insurgé » de Jules VALLES. Ses mots comme ses ombres, ravageurs et naïfs, se glissent en sourdine sous chacune des affiches de maintenant, ici Belleville : révoltes et désillusions.
Mais pas ce matin ( difficile, mais nécessaire : trop à dire, trop à écrire, mais en même temps trop à faire, trop à vivre, on manque d’heures, la ration de voyage s’épuise ).
Ce matin, aucune raison de se laisser abîmer par l’écho d’un mauvais réveil- sauf la raison de ne plus avoir raison .
Ce matin, des phrases habillées en fantômes ( d’habitude, elles sont plutôt charnues) se glissent à travers les grilles des promesses : on aurait dû avoir tendresse et humour, passages légers ( 75 ans, se faire léger avant tout, voici la méthode ) sur les ponts de singe du temps que balaient toutes les heures, chaque heure.
Mais c’est pas dimanche tous les matins,
on connaît ça.
Dans l’instant, ça rappelle une époque si ancienne, ce matin. C’était une rencontre d’auteur avec l’éditeur ( Ch.B. ) le patron de cette petite maison « Le sourire qui mord », albums pour enfants et adolescents. DeeJee PAP75, alors nommé DeeJeePAP/35, présentait le premier jet pour un livre : des phrases de pénombre qui se glissaient en catimini pas mimi à travers sa joie de vivre d’alors, 35 ans.
Mots dans la glaise, comme des pas de paysan sur le bord du Nil, et pas de sourire au visage, bien sûr, y compris sur les douze kilos d’or d’un masque de pharaon déterré, ou les étoiles d’un uniforme dépassé.
-« On avait dit : pas de passé, sinon risques de bifurcation, et donc de parcours en impasse, Septante-Quinze, si on se livre points et maux liés à la mémoire, c’est le piège, donc, rien que le présent du futur, pas d’impasse, hein?, sauf sur le récit, n’avait-on pas dit qu’on avait dit ça? » proteste Mademoiselle A. -dans son habituelle tonalité de complice.
Quand il avait reçu ce texte de DeeJee-PAP 35 pour un projet d’album, des légendes d’images déjà dessinées, l’éditeur Ch.B. avait téléphoné, perplexe, inquiet ( aussi car les heures de plume sont tarifées au compteur du comptoir, bistrot du coin, café lui aussi noir) « A qui penses-tu donner à lire ce prospectus de boutique funéraire, cet annuaire des amertumes infondées, ce répertoire de grenades corrosives ? » ( il avait du débit de bagoût, et le sens de la formule, à défaut d’envoyer des chèques d’éditeur).
Ch.B. avait raison. Bien sûr. Pas embêter le monde avec son soi -surtout si la soie se déchire et se ratatine.
Les feuillets -comme des centaines d’autres plus tard, ont fini brûlés dans la grande cheminée du salon gagné sur un sous-sol, lorsqu’on a quitté la petite maison de Malakoff. Des cartons entiers de projets, feu de joie sans tristesse ni finesse sauf celle d’un assez bon whisky écossais bien tourbé aux entournures.
Les papiers brûlés des projets ratés sont chauds pour le coeur, les soirs d’hiver, la veille d’un déménagement. On pourrait en faire une devise d’auteur sans hauteur.

-« Attention, souvenirs, déjà rien que ça, déjà, danger ! Mais les noms de lieux, en plus, eux, alors, c’est sûr : péril absolu ! soupire Mademoiselle A. Et puis, franchement, à votre age, » chaud au coeur », se permettre un tel genre de hiatus, ça devrait faire honte. ( Ayant admis l’observation , DeejeePap 75 modifie le brouillon par « chauds pour le coeur »).
Deejee n’écoute pas plus que ça Mademoiselle A. A quoi bon écouter un double habillé en demi ? Elle ment lorsqu’elle dément que, passé Soixante-Quinze ans, les portes nouvelles semblent plus lourdes à ouvrir, comme seraient difficiles à entrevoir les fenêtres par où viendraient airs et lumières inattendus. Ce matin ( pas comme chaque matin), tirer les rideaux, ouvrir la fenêtre : un effort.
Mais il suffira d’un voyage quelques jours ensuite, et ça s’ouvrira de nouveau, ça s’ouvre dès ce matin d’un coup de soleil cou coupé, les portes comme les sourires, ça s’ouvre si ou souhaite l’ouverture. Le nouveau ne s’absente jamais longtemps, et avec lui les tendresses joyeuses, on racontera cela.
Jamais vrai que rien ne surgit plus. Par principe.
Ce matin, dans le noir de la chambre bellevilloise dont les rideaux étaient restés fermés, mal débout, et pas encore habillé, nu face au grand miroir que soutient la cheminée, Deejee-PAP75 se demandait si, à Soixante-Quinze ans et davantage, on ne devient pas l’HOMME INVISIBLE ? Longtemps, il a lutté contre la caractéristique principale, absolue, la forme primale des pauvres : l’INVISIBILITE. La PAUVRETE rend invisible. Et les Septante-Quinze retourneraient vers l’invisible?
Multiples fois, depuis soixante ans ou quasiment, il s’est mis en scène :
pour s’épaissir l’existence, s’enrichir la posture, se protéger par l’uniforme social.
Et -rigoureuse- sans hésiter, Mademoiselle A lui interdit de raconter ceci : DeeJee animant depuis la tribune l’A.G. des 450 délégués des départements, pour une Fédération qu’il préside. Elle prohibe avec la même vigueur une évocation des réunions des 200 cadres du département qu’il dirigeait d’une autre tribune. Elle s’agace qu’il pense – même si peu de temps- à l’image de la voiture noire et longue, lui à côté du ministre dont il est conseiller. Devant : le chauffeur, route en tête, et l’officier de sécurité, arme en poche.
Mais on sait qu’on ne va nulle part, en réalité,
n’est-ce pas, Mademoiselle A. , sur la route nocturne de l’existence?
Deejeepap75 se taisait, ce matin, allait se lever, peut-être, allumer au moins la lampe de chevet, au moins boucler sa montre au poignet, et même se couvrir d’un caleçon de pyjama.
Mais, ce faisant, DeeJeepap 75 se promettait aussi d’écrire en un feuillet le synopsis d’un court documenteur. De quoi s’occuper le clavier ce matin.
Il l’enverrait à Marc Gauché, qui en ferait l’un de ses articles pétillants et carcassés de notuscules. Pas exempts de regards vifs portés sur les académies (ici- censure oblige, d’anciennes images de vacances de DeeJee-PAP, vieilles de quarante ans, ne portent plus que des ritournelles et ne promettent plus que des bagatelles, en matière d’académies)

« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre
quelque chose : arracher
quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser,
quelque part, un sillon, une trace, une marque ou
quelques signes.«
Georges Perec
« Qui laisse une trace, laisse une plaie. »
Henri Michaux
Va savoir qui a raison entre ces deux déraisonnables ?
ET dans la mémoire, rideaux enfin ouverts, ce matin du 13, des Images ?
(attention, ici, à cet age, Septante et Quinze, ici- censure oblige- , d’anciennes images de vacances de DeeJee-PAP, vieilles de quarante ans, ne portent plus que des ritournelles, ne feront plus la pluie de bagateles, ritournelles, bagatelles = répétition )
La principe de la ritournelle? Le retour au même!, réplique Mademoiselle A., tenant à préciser – froidement, et peut-être même à force comme agacée- que les images de fond ici exhibées restent sans aucun rapport avec elle-même !
(On se souvient pourtant – peut-être? ? – de leur première rencontre, dans ce musée. Elle et DeejeePAP75, se découvrant l’une l’autre en visitant l’exposition, puis de ce qui fut alors entre eux deux engagé?

DEBUT de SYNOPSIS pour Marc Gauché : ce matin, à SOIXANTE QUINZE ANS, l’homme habitué de « Les Rigoles » ou « Les Mésanges » ou « Les Cascades »
cet homme là, un vieil usager un peu usagé, mais rigolard plutôt, accompagné de Mademoiselles A. ou B. ou C. commande un café serré, à chaque comptoir, l’un après l’autre, décidé au récit, mûri pour la parole, prêt à la nudité de la mémoire,
Mais nulle part personne ne le sert. Partout personne ne le voit : A 75 ans, l’homme du jour est invisible, temporaire comme un plat du jour. Et que se passe – t-il ensuite?
Ensuite, à treize heures, rendez-vous Contrescarpe pour déjeuner avec Michel P.
Ouf : ce matin est enfin terminé…
On vous l’avait bien dit, observe Mademoiselle A. le vendredi 13, on aurait intérêt pour tout le monde à rester loin du clavier…
_________________________________________________________________________
Didier JOUAULT pour : DeeJee-PAP : à partir de 75 ans, les échos tendres du temps / Episode 13, vendredi 13, faut rester loin du clavier! Mais – quoi que ceci soit probablement un peu long, à suivre !

Laisser un commentaire