NOTES 1- Depuis tous ces « posts », les transférer, les diffuser, s’abonner, « suivre » : autant de clins d’oeil utiles à L’essai DeeJeePAP 75. Faites-le ?! 2-Comme toujours, lire en cliquant « sur ordinateur »permet de restituer les efforts de mise en page.
TEMPS POSSIBLE DE LECTURE : SIX MINUTES ( c’est long aujourd’hui, mais c’est pas pour rien)
« La pauvreté , toujours, rend invisible, sinon imbécile- et j’ai gardé la transparence des absents de la société, malgré le temps passé à gravir des pentes. »
Ainsi aurait pu commencer et finir le « mot du jour »d’un épisode, ça aurait pu ressembler à un carnet.
« Je lis ce que tu publies, c’est moins intéressant qu’auparavant« , dit l’amie Cécile, admirée pour ses choix d’écriture, tendre présence évoquée de ci de là depuis les tout débuts des « posts« , il y a dix ans et plus. Dix ans et plus.
Et maintenant, retour à Belleville, DeeJeePAP/75, individu déclaré sans activité connue – sauf d’évanescents bénévolats. Et l’obsession du clavier.« Je lis tes posts, même si je ne les apprécie pas tous autant », dit Michel, le plus récent ami, et le déjeuner partagé n’en est que
plus rieur.
Retour à Belleville, jours tranquilles à Belleville, mots pas séniles (pas encore) à Belleville, mais autour de deejeePap 75 à Belleville, tant de silhouettes pauvres, de mains usées soutenant le menton des fatigues, tant de corps courts coupés de leur joie, qu’on aimerait revenir sans se retenir, Ici-Belleville, Rigoles, Cascades, Mésanges, tout ça, retourner à la pierre et au béton sans le poids des histoires humaines, parfois. S’alléger, le projet des Septante-Quinze et davantage, mais léger tout seul? 
Deejee les voit, de face, les femmes avant les hommes, un peu pliées, puis de dos, un peu dignes, d’origines diverses et souvent venues de loin, – lointain pays naguère et lointaine banlieue cette aube d’aujourd’hui-.
Il en perçoit la présence à la fois lourde de fatigue et légère de biens. Peut-on être léger tout seul dans la lourdeur des jours ? Partager.
Le poids sur la tête 
C’est ainsi, on se reconnaît un peu tout de même, parce que- malgré tout le temps passé en travaux ou l’agréable aisance de maintenant – eux et DeeJeePap, c’est encore le même peuple.
Quand on est pauvre, on est invisible. Déjà dit (et redécouvert par des journalistes pour une petite partie parmi les invisibles). On subit, on attend, on ne voit pas. On n’est pas vu, pas su, pas dit. On ne vous sert pas des cafés au bar. C’est pas comme DeeJeePAP.
Nul ne sait que vous existez pour de vrai, sous le sac de « boulets » du livreur bois et charbons, de 1950 (naissance de deeJee-Pap); dans le sous-sol du boulanger à gauche du collège (en 1962) avec ses gateaux « têtes de nègre » encore ainsi nommés
; ou encore derrière la machine à coiffer de la mère Perec, Cyrla SZULEWICZ, rue Vilin déjà depuis dix ans déclarée insalubre, et le 4 mars 1982, au lendemain de la mort de Georges-son-fils, la ruine-maison fut détruite pour amorcer le parc destiné aux nouvelles classes moyennes du « Village Belleville »;
homme ou femme d’ici le matin, armés d’une pioche de travailleur des rues, d’un balai, d’un voile de nourrice, et d’un sac presque vide cruellement nommé » ACTION ».
Rue Vilin, pourquoi pas un chemin de croix ? A Septante-Quinze et davantage, faut-il bâtir des traces de mémoire ?
Sourire- un peu goguenard, très attendri – en regardant les autres, les jolies aux tailles fines et les pimpants à catogan des bars et terrasses, Les Rigoles, Les Mésanges, Les Cascades, La Favorite, place Henri Krasuki?

Mais rue Vilin, et tout ce quartier, ce fut l’accueil longtemps, des immigrés, des fuyards sans sous mais avec foi, Azkénases n’emportant que la ménora, athées n’emportant que les livres de Lénine, et d’abord
: « Que faire? », l’infinie question…. Belleville qui faisait son cinéma, usines à caméras de jadis, Monsieur Gaumont enterré pas loin….et aujourd’hui, Belleville qui affiche à la fois joliment et durement les origines de tous les peuples d’Afrique et d’Orient, immigrés ou natifs, mélangés dans la rudesse de l’existence, de l’invisible, pour eux aussi. Mélangés dans le poids sur les épaules.
Seuls les anciens fantômes qui n’ont pas démenti leur naissance dans le monde gris des « petits pauvres » ( rien de commun avec les arrogants s’osant dire « transfuges de classe », gonflés du mépris pour l’origine), seulement de tels passants savent reconnaître encore les silhouettes de couleur pâle dont Belleville s’anime depuis très tôt jusqu’à si tard.

Dans le dessous de chaque affiche décolée, serait-elle poème,
derrière le dégoulis de chaque slogan trop vite peint, on entend le pas vif et les mots en colère de Jules Vallès, et ceux de La Commune, présents aux coins des murs qui furent parfois le poteau de leur massacre.
DeeJeePap 75 aime ça, habiter Belleville, le voici revenu dans son pays de pauvres, sa terre de tous les mélanges, des Rigoles et des Mésanges et des Cascades, mais -pourquoi ne pas le répéter – il aime revenir à sa terre ( pierre et béton). Pays et paysages de pauvres sortant de Aldi les poches et les yeux creux,
mélangés à des moins pauvres
buvant du matcha -six -balles-la-tasse dans les cofee-shops ( » No Lab Tap during week-end« ).

Visages de fatigue ou de traineries, l’un, et l’autre, mais pas de berlines ou de fourrures, plutôt casquette usée ou catogan soigné. Belleville, cette ville, c’est comme l’Humanité secouée à l’intérieur d’un même homme : ça se mélange, ça se cotoie, ça se disperse, ça se contredit, ça ment et ça respire, c’est même pas capable d’être sûr de soi, mais c’est sûr de vivre, au moins.
Ensemble. Partager ?
En effet, Septante-Quinze et plus, oui, on pourrait lire cela en reproche, le lourd clavier d’antan réduit à cette apparente légéreté du présent : « Les carnets des Rigoles »; « Les carnets des Ruelles ». « Les carnets des Mésanges » . « Les carnets des bistrots ». « Les carnets de la rue Vilin ». « Les carnets de Franprix ». »Les carnets des Cascades »…Autant qu’on voudra.Et même – au coin du bureau- un programme de l’Opéra. 

A cent mêtres, ce qu’il reste de la rue Vilin. Y habitèrent un nombre d’immigrés que l’occupation nazie divisa par cinq.

Voila pourquoi DeeJeePAP 75 aime ça, maintenant, habiter Belleville. Il est revenu dans son pays des pauvres, et Mademoiselle A., pour DeejeePap, au lieu de poser nue comme un modèle de petit peintre qu’abritaient les multiples tavernes de ces villages « hors Paris » juste avant 1860, Belleville, Charonne, Ménilmontant, Mademoiselle A. sait organiser le mise à nu, l’exposition en somme, des traces nombreuses qui forment les émouvants mais présents témoignages de la solidarité.

On organise toutes les formes de la solidarité, pour résister aux pauvretés qui montent encore plus vite que les solitudes. Le contraire de l’horizon désiré, Deejeepap75 ? Mais non, l’horizon est peint aux couleurs vives des histoires de femmes et d’hommes ayant cru, ici, dans l’insalubre quartier, que – mais oui ! – la vie allait changer, que le monde allait changer, que la solidarité leur couperait des habits moins légers dans le tissu fragile de la dignité.

Et leur espoir, même vaincu par les dévers de l’Histoire, est aujourd’hui encore la lumière de tous les présents. Y croire. Encore, dans la conviction forte que » ça » va devenir mieux, la vie, vue d’ici.
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Didier Jouault pour : DeejeePap/75 . A partir des échos tendres du temps, Episode 15 :Les « carnets » d’une ville préservant l’humanité. 2 sur 3/ milieu.

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