DeeJee-PaP 75, Interstices instantanés (-6-) … »Soudain il est 3 heures » -classé X- (à partir des sourds échos tendres du Temps passant …

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Soudain, voila qu’il est trois heures. DeeJee-PAP s’éveille porté par un sentiment de bonheur total- conforté par l’érection matinale ( elle aussi trompée de fuseau).

Dans cet instant d’avant, la joie profonde d’un rêve vieux de vingt-cinq ans- ou même trente : souvenir ou rêve ou mensonge de récit ? On voit ceci : les mains trempent et jouent dans des fluides de limailles douces et denses, rouilles chaudes, rails usés, pelures d’écorces vives, plastiques matières qui roulent sous les doigts, ressorts dorés, spirales flexibles à couleurs chaudes, métaux attendris par le geste lent et profond. C’est Noël ???

C’était une ancienne Clouterie, vers l’est proche, biefs sur la rivière pour l’énergie, turbines pour la routine, presseuse à métaux brûlants, eaux puis feux partout sur le domaine abandonné, bicoques délabrées d’ouvriers de jadis, quinze maisons d’infortune formant une cour-village désorganisée, et tout autour il y avait ces vastes espaces plantés de troncs abandonnés, gâchés d’eaux échapées des « dérivations ». En bataille mal rangée, une troupe de jeunes comédiens voulait ici inventer une vie nouvelle, au milieu de l’eau trop vive, des inondations, des millions de clous remaquillés par la rouille. Ils avaient acheté la terre traversée d’eau et des murs effondrés, mais surtout les vastes pièces d’entrepôt et les machines belles à faire peur dans leur usage perdu. Gageant par avance leurs gages, dégageant leur peu de bagages. On ferait vie commune, et dans la fabrique morte on inventerait un centre d’art et une galerie- pour les voisins et un peu de visiteurs.

Dans le très petit matin de Belleville, ce sont leurs fantômes de projets qui mènent la danse, leurs éparpillements sous la violence prévue de l’échec, leurs corps et leurs joies épuisés de travaux qui n’ont servi à rien.

L’une avait au début suggéré qu’on vienne, qu’on achète un coin des ruines. On avait visité, rencontré le maire, les autres acheteurs, puis, dit : non, TROP TARD DEJA. On avait ensuite trop vite eu raison. N’empêche qu’on avait été lâche de ne pas s’y engager- aussi. Le recul ce matin réveille.

Au milieu de la nuit parisienne, quinze ans plus tard, le fracassement vif de cette utopie raviuve la douleur des fuites. A Septante et Quinze, le souvenir des pertes sait mordre dans les veines.

Par bonheur, dans cet intermède imposé au récit des jours, pas de Mademoiselle A., impérieuse et briseuse, interdisant le recours au souvenir, sérieux ennemi du présent. Alors que Noël, c’est bien le temps du souvenir, du passé, sinon quoi ?

Dans la masse de formes déformées, les bras s’y enfoncent , comme les doigts d’un bébé savent pétrir la mousse. Et on rit, on rit en silence, seul éveillé, à trois heures dans le matin, c’est Noël ???

C’est somptueux et suave, bonheur parfait de la nuit interrompue quand la vie recommence, recommence, recommence, telle quelle, telle quelle, telle quelle, et dans les mouvements discrets du corps de la nuit, le corps si différent dans la nuit, cette exaltation de palper le vide plein de cela, l’éveil dans les doigts, palper trois heures dans les montres, laisser couler comme un shampoing de pailles rondes et de rouilles tendres sur le crâne d’une Aphrodite apaisée – le contraire d’une Mademoiselle A. grinçant derrière les amuse-gueule de l’amitié, est-ce-Noël, verser un shampoing dilué par les frisures d’un enfant descendant du manège, comme les copeaux de bois bientôt mués en cendres, comme les cheveux imperceptibles d’une vieille ou comme la toison inflexible d’une adolescente.


Deejee-PAP/75 sort du lit en son état de dormeur, et sa voisine Katherine de jadis, ou Fred, ou Tyne, ou telle autre ou la présente voisine, ou même Mademoiselle A. diraient que (à cet age) on ne devrait plus montrer ses fesses aux miroirs d’appartement quand on se lève, et d’ailleurs on n’expose pas davantage ses dents si on se lave -fuyant les portraits-, dentitions usées de ceux qui furent longtemps pauvres, fesses blanchies bien qu’elles eussent été souvent livrées aux soleils de criques ou de bocages, aux voisines de sauna, aux compagnes de nus estivaux séchant sur des murs de pierre dans les estives en Lozère après la rivière, -longtemps de tout cela.

Longtemps ? Trop longtemps pour la mémoire ? Mais tout le monde sait cela :

Dans le vaste canapé d’une autre pièce, DeeJee-PAP 75 ouvre un livre. « Le dépeçage du langage précède le démontage du réel et la construction d’un monde parallèle (*). Voila ce que ça dit, à trois heures du matin à présent très dépassées. Parce que ce serait noël ? Ce que ça dit est juste, mais il est trop tôt pour la justesse, maintenant quatre heures du matin, et pour la justice c’est fini, maintenant 2025 vers sa fin.

L’horloge dans la bibiothèque note : il est tard et il est tôt. Equivoques des nuits. Sur la même étagère il y a Le clézio et Duras, mais ils ne se parlent jamais avant midi-surtout elle.


Certains matins, on pourrait se demander ce qu’on fait là. Sous les étagères trop souvent débarassées de leur poussière. Mais non. Voila : on est assis dans un canapé large, bleu, trop riche, et il est tôt, si tôt et tant mieux pour la longue journée à venir. Tôt, et temps de chercher un vêtement, chauffer un café, sortir de la nuit. On croirait un peu qu’on roule la nuit sur les routes du Berry, mais non. C’est Paris, Belleville-le-Rouge, tôt, si tôt que « Les Rigoles » n’ont pas encore ouvert le bar. Tôt, et temps de chercher un vêtement, chauffer un café, sortir de la nuit. Mais noël, c’est fini?

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(*)Olivier MANNONI, « Coulée brune , comment le fascisme inonde notre langue« , Ed. Heloïse d’Ormesson, Paris, 2024, p.68


Didier Jouault , pour : DeeJee-PaP 75, Interstices instantanés (- 6 -) … »Soudain il est 3 heures » –classé X– (à partir des sourds échos tendres du Temps passant …)

Une réponse à « DeeJee-PaP 75, Interstices instantanés (-6-) … »Soudain il est 3 heures » -classé X- (à partir des sourds échos tendres du Temps passant … »

  1. Avatar de szwarcblik
    szwarcblik

    Une clouterie ! Vraiment ?

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