DeeJeePAP75 / à partir des échos tendres du temps / intermède : C’est une mignonne petite…

Deejeepap75 : « Naguère, dans la campagne, près de la maison en Berry – TRES ironiquement assis au pied d’un chène, sur un banc de pierre ( Mademoiselle A. lève les yeux au ciel), un Vieux du coin aurait pu dire ça, en la voyant partir aux champs : « C’est une mignonne petite, c’est la petite à Henri « .

Mais non : pendant la visite de l’exposition de la Maison Cartier-Bresson, avec Michèle et Laurent, DeeJeePap s’est arrêté devant l’un des tirages, lentement observateur : une très belle et si simple jeune paysanne de Georgie. Elle triait des feuilles de thé, dans une ferme d’Etat, au bord de la mer noire, en 1954, et en noir et blanc.

Mademoiselle A. : quelle mémoire !

Deejeepap répond que non, évidemment. Après avoir longuement admiré l’image- la femme, le cadrage, le tirage-, il a pris un cliché du « cartouche »- et aussi, bien entendu, photographié la photo. Les résultats sont toujours désastreux, reflets, etc., mais ceci et ici sont des lieux pour griffer de traces aimables la mémoire quotidienne.

Cependant, au retour sur l’écran, déception : la jeune femme a disparu dans la collection de l’Iphone. Il y a bien « Une rue à Scanno »,1951, et « Messe de minuit à Scanno », petite ville des Abruzzes, précise le cartouche.

Deux images dont DeeJeePap se disait, sur l’instant qu’elles pourraient illustrer un post – mais à contre -emploi : images du désastre ! Or, tout ici, n’est-ce pas, vise à contourner le désastre individuel.

Mademoiselle A. persévère : à part les Editions, nommées ainsi, le désastre, narcissiqement personnel, vous avez raison, DeeJee : on évite, on détourne, on contourne, on esquive, on dissout sans prévenir – quand on peut. C’est mieux, à cet age, non ?

Quant à la belle Georgienne, reprend DeeJeePap, rien, pas de traces. Disparue. Enlevée des regards, élevée vers nulle part. Quelques heures passées ensuite dans l’univers internet, de nombreuses « entrées » (et même de jolies dérives, inmontrables ici) n’apportent pas l’Image. Celle-ci. L’émotion de cette image. L’illusion de cet amour d’une seconde entre le photographe et la femme, entre le regard et la vie.

Comme souvent, ici et là, dans les rues, les musées, les théatres, et – surtout- les terrasses, les terrasses.

Plutôt, sur Internet, pléthore joyeuse et sensuelle de paysannes, vite venues sous les doigts,en ligne.

D’un coup, ce serait comme si se balader dans la boue et redouter la fin de mois, la grèle, les touristes, le vélage raté, tout ça formait un délicat univers, l’inverse des Comices à Yonville. Promenades irréelles dans les « sites ». Paysannes. Mais pas de Georgienne. Tristesse, passagère.

-Tel qu’en vous-même l’image vous change, je suppose que…

-Oui, j’ai collectionné une petite galerie de susbtituts mineurs( sans E ), je vous la propose, puisque- cette fois- vous ne posez pas.

Mademoiselle A.: On avait dit repos, entre votre séquence VALLES/NIXON, parce que ces deux-là, ils me fatiguent un peu la mémoire, Nixon et Vallès, faut vous dire.

Après l’exposition Cartier-Bresson : Marché des Enfants Rouges ( les éventaires d’alimentation exotique sont assortis de quelques tables modestes).

-Et, demande Michèle, mezzo vocce tandis que nous déjeunons à quatre au « Marché des enfants rouges« , mezze libanais-finissant sa bière – elle demande si … si… »si on doit croire tout ce que tu publies, tout, vraiment ? « 

Le marché des Enfants Rouges, et ses tables de resto, surchargées : juste à côté, le « Carreau du Temple », que longe la rue Dupetit-Thouars.

Cette petite ruelle est très présente au coeur de la Saison QUATRE, série de posts de DeeJeePAP, celle qui fut consacrée au « Parrain », c’est-à-dire aux abus et maltraitances durables racontés sous le pseudo YDIT(**) encore une fois, cent posts. Le tout méritait bien ça.

Mais si, on sent bien que ce n’est pas du narratif, a déjà dit Laurent, au cours d’un bref échange, presque furtif, dans le salon rigolo, joliment déglingué, de leur maison du Perche, une autre fois.

DeeJeePap et Ed y passaient un week-end chaleureux, dans le frais alentour, avec robuste mais savoureux vin local -et cuissons réussies.

La vieille maison résiste, sise au bord d’un domaine qui appartint à un ex-sénateur : manoir en vue depuis le grenier. On se dirait , pour peu, dans une bulle de Tintin.

Les jeunes héritiers du sénateur, un progressiste, y viennent parfois passer quelques heures, dans l’immensité des pièces nobles du premier étage. On se salue en se croisant dans les promenades. Sur les pelouses, les voitures n’ont pas la même taille, devant le manoir, ou sur la terre proche de la maison Michèle/Laurent. Aristos/Prolos? Non, aucun n’est plus vraiment cela.

Dans la journée, avant une brocante de tout petit village, les quatre ont parcouru le « Chemin des Trognes« . Etonnants témoignages des coupes faites aux arbres, dans ce coin du Perche, afin de profiter des pousses annuelles pour couper le bois de chauffe. Pauvreté toujours inventive. Paysannes, bras chargés après la « main morte », aussi, dans la forêt du manoir? Pas de photographe pour ces femmes ?

Mais pour les quatre d’un week-end, la pauvreté, non.

Au dîner, dans la vieille cuisine, rapide échange sur un film récent, sorte de biopic choral de LUCHAIRE, patron de presse collaborationniste, « Les Rayons et les Ombres » .

Pour l’un : oeuvre très ostensiblement pro-collabo, sytématiqument bâtie sur le déni, l’effacement des évidences ( les nazis sont de hitlériens sans réserve, mais décrits en mi-teinte, et les collabos des brutes, mais maquillés en hystériques et vulgaires jouisseurs). La lecture du militant averti, regard de l’Histoire. Donc film détestable de tous les plans.

Pour l’autre : mauvais film d’un réalisateur peut-être inculte et certainement maladroit (pâles copies de scènes de Visconti) axant le propos sur la psychologie déliquescente du héros négatif, mais plus gris ( et d’ailleurs souvent ivre) que noir ? Sur la contamination du temps ? La lecture de l’amateur, regard sur les personnages. Balzac(sans talent) décrivant les profiteurs.

On dirait les débats de jadis : quels éléments « signent » l’identité profonde ( parfois secrête? ) d’une oeuvre. Même sans que l’auteur en ait délibérement fait le choix clair ?
Bah, aurait-on pu conclure vers 1980-90 : voir Lukacs,Georg…

Mademoiselle A., sur l’exposition ou le week-end, les bavardages, les incises, s’interroge, et demande ce qu’il préfère écrire, DeeJeePap75, au fond? : des « carnets » du présent, amicaux, attendris, ou des « lambeaux de bravoure », comme ce Vallès/Nixon au sein duquel s’immiscent les présents intermèdes faciles ? Mais qui sont un peu longuets, longuets, tout de même.

Et – pour ce qu’il reste de temps : ne pas craindre la facilité de vivre.

D’ailleurs, pour les choix : sincèrement, qui choisir, sinon Mademoiselle A. ?

Bah, dit Mademoiselle A., votre super kiné quarantenaire, celle qui vous remet l’épaule à l’équerre, elle prend aussi les choses à bras le corps, non ? Elle aurait pas envie de me remplacer, des fois, pour bavardages et affinités?

______________________________________________________________________

(**) Saison IV ,  » Le Parrain, Die Pate, dit MM. », toujours en ligne, cent « épisodes » cent posts, et – au hasard :

________________________________________________________________________

Didier Jouault, pour : DeeJeePAP75 / à partir des échos tendres du temps / intermède : C’est une mignonne petite. A suivre, le retour VALLES/NIXON !

Laisser un commentaire