RAPPEL ( pour Pierre B., par exemple) : une bonne vision de la mise en page passe par le clic » lire sur le blog », en haut du post à droite.
TEMPS de LECTURE : HUIT MINUTES ( mais tant de mots pour ces Histoires)
6– La Commune :
« La Commune », mais en fait les historiens précisent que deux autres insurrections eurent lieu dans les mois précédents, suivies d’échec, dont celle toute récente du 22 janvier.
« Le 22 janvier, combien d’innocents massacrés ! Ceux qui n’avaient pu fuir assez vite s’étaient affaissés derrière des tas de sable, ou allongés derrière les réverbères abattus, et restaient là, accroupis dans le boue jusqu’aux lèvres. Quelquefois, un de ces accroupis se détachait de la grappe saignante et roulait sur le ventre vers un coin plus sûr… il s’arrêtait tout à coup et ne roulait plus. Mais on lui voyait au flanc une tache écarlate, comme à la bonde d’un tonneau » (p.235, éd. Livre de poche Classiques, 2024, qui reste la référence de ces posts).
On pense à l’Arthur des » il a deux trous rouges au côté droit« .
Cette fois est la bonne, pour Vallès. Les pensées de toutes les gauches se mêlent à nouveau, les injonctions, les diversions, les réflexions, les dispersions, les remous sans remords et le morts sans redoux les ambitions de pouvoir à l’Hotel-de-Ville – et bien davantage encore à Versailles!- 
Bruit dominant : les exigences de pain dans les quartiers, mais déjà (ou encore) les incompréhensions, et les inflexions impulsives concurrentes des volontés mûries et sûres d’elles mêmes et – au-coin de chaque décision, à l’issue de chaque rencontre – les idéaux fragiles bousculés de leurs puissantes incohérences.
Les luttes sont violentes dans les jours précédant le 18 mars 1871 : accusé d’avoir participé à l’insurrection de janvier, Vallès, jugé, peut fuir gràce à l’inattendue complicité d »un gendarme, et se cache.
« Mais les soudards de l’état de siège ont, d’un trait de plume, biffé six feuilles socialites, dont » Le cri du Peuple » qui en était à son dix-huitème numéro, et qui marchait rudement, le gars !
Le Ferry s’est vengé. Je suis libre, mais mon journal est mort »( 238).
Ferry, le héros à venir de la république bourgeoise, Ferry dont les pieds sont davantage souillés de sang parisien que de la suie des fourneaux. 
Cependant, le 18 mars : » Paris est au Comité Central. Deux généraux ont eu, ce matin, la tête fracassée par les chassepots…« ( 241)
En même temps, déjà, « l’Insurgé » porte sur l’évènement ce regard si attachant, celui d’un homme sans illusions, engagé cependant pour l’action réelle, serait-elle incertaine, et presque solitaire, quelquefois. La commune : chacun pour toutes et tous, mais souvent à sa façon.
La Commune, d’ailleurs qui l’accouche ? » Il y a à délibérer au nom du peuple(…) Blanqui est venu, puis reparti; Vaillant de même.(…) Ah, ceux qui croient que les chefs mènent les insurrections sont de grands innocents!(…) Nous avons décidé, quand même, sur le bord du trottoir, à cinq ou six, que ce soir il fallait que la commune fût proclamée » (p.210)
Le reste s’enchaîne, par les puissances des actes et la virulence des paroles… Car, sans cesse, – et la démocratie n’est rien d’autre, révolutionnaire ou pas- on parle, on projette et recherche ensemble, on s’enguele et on décide, et surtout on décrête après les votes partagés. Même si l’assemblée des votants semble très minoritaire en nombre.
Comme en 93- modèle plus ou moins partagé – les « Clubs » se mutiplient. Souvent, ils se réunissent dans les bistrots ayant survécu à l’annexion de Belleville en 1860 ( auparavant, hors des « octrois » de la capitale, ils n’étaient pas frappés de taxes sur le vin, par exemple). Aussi dans les églises, parce que la Commune a décrété la séparation de l »Eglise et de l’Etat dès le 30 mars, on réplique « La Grande révolution » (urgence ! ).
Mais, presque sans « bavure » (hormis les assassinats d’otages à la fin), la pugnace volonté du respect conduit à d’étonnantes proximités. Ainsi, les églises restent vouées au culte, prêtres non poursuivis, jusqu’aux vèpres. Ensuite, les Clubs s’installent sur place, et (bien sûr) depuis les bancs de prière, vouent aux gémonies la foi et surtout Leurs Eminences et la religion. Stupéfiants partages de territoires. 
Toutefois, ce n’est pas le sujet central. Le sujet central, absolu pour Vallès, c’est la pauvreté. La sienne – il l’a beaucoup vécue- et celle du peuple, des Parisiens, des ouvrieres et ouvriers (avec insistance, il utilise le féminin autant que le masculin). Les XIX ème et XX ème arrondissements réunissent l’ancien village de Belleville, peuplé de toutes les misères faites aux récents arrivants, main d’oeuvre pour les nouvelles usines voisines, de plus en plus nombreuses dans la ville même.

Voila pourquoi Vallès touche : sa révolte ne s’enracine pas dans une lecture, dans une oeuvre bâtie sur le papier. Elle est née dans la misère, elle l’exprime, elle la combat, le coeur battant des luttes, c’est elle… Pour d’autres, le sujet, c’est la forme que doit prendre la Révolution en route – tous les acteurs étant approximativement d’accord sur la nécessaire représentation du peuple/ sur l’urgence d’une re-construction sociale/ sur l’inévitable combat contre les ennemis (dehors, mais aussi… dedans).
Autrement dit, tout le monde est faussement d’accord sur le chemin quotidien : pour le réel, en opposition parfois conflictuelle, ouverte, idéologique. L’un des plus célèbres Clubs est celui « des prolétaires ». Réunissant – pense-t-on- 4000 membres, dont deux tiers de femmes, le club publie un journal, concurrent du « Cri du peuple », que dirige Vallès. Crainte revendicative majeure, le détournement du projet de Révolution. 
« Nous ne nous laisserons pas asservir par nos élus, seraient-ils vêtus de la ceinture rouge ». L’Insurgé raconte cela, aussi. Les historiens ont dépouillé les procès verbaux quotidiens des débats au sein du « Club des Prolétaires », seul ensemble de textes connu (on le trouve aux Archives de la Bibliothèque de l’Arsenal).
Vallès, il a couru tout le Paris des ouvriers en colère contre le Second empire, et c’est facile de reconnaître sa silhouette, lui qui a écrit de nombreux articles, et fut emprisonné pour leur contenu en 1868 et 1869.
« L’Insurgé« , (p116-117) , VALLES – comme toujours, et voila pourquoi on l’écoute plus que d’autres – ne se fabrique pas d’illusions : « Pardieu, oui ! j’évoquerai des images saisissantes et qui empoigneraient ce monde-là, si je le voulais!… Or, je ne me sens plus le courage de le vouloir. J’ai perdu, avec l’ardeur de la foi jacobine, le romantisme virulent de jadis…et ce peuple m’écoute à peine ! Je n’ai pas encore la charpente d’un socialiste fort, et je n’ai pas l’étoffe d’un orateur de borne, d’un Danton de faubourg-c’est moi-même qui ai déchiré ces chiffons là ! Ce n’est pas décadence, c’est conversion ; ce n’est pas faiblesse, c’est mépris.«
N’a-t-il pas écrit, quelques pages avant : « Je hais Robespierre, il ne faut pas singer Marat ». Courageux, lucide, ému, batailleur et cultivé : Jules Vallès.

7- Mademoiselle A .
(depuis une cabine de la piscine- elle s’y réfugie souvent, nage et sauna- où de vieilles revues de photos s’humidifient sereinement)
: « Mais tant d’années ensuite, tout persiste, non ? Tout peut recommencer ? » Parfois, pourrait-on croire, cette égérie absente, cette jeune femme souvent devètue sous les mots qui habillent, s’exprime en propos de bistrot du dimanche. Trop tard pour rien changer! DeeJeePAP s’attend même à l’une de ces interrogations tendres et caustiques : » Votre Kiné quadra, à part vous remettre l’épaule à bras le corps, elle en pense quoi, de Vallès, Jules, elle le connaît au moins, cette fille?«
8 -OPERA NIXON en Chine
L’acte 1
présente un curieux échange, qu’on aurait pu lire dans « Le Cri du Peuple », si Vallès s’était permis les mots des cabinets de penseurs.
MAO
Je parle en général. La ligne
Que nous suivons à présent est paradoxale.
Parmi les disciples de Marx
l’extrème gauche, celle des doctrinaires,
A tendance à virer au fascisme
NIXON
Et l’extrême
Droite ? 
MAO
C’est ainsi que le vrai marxisme est appelé
Par l’extrême gauche. Parfois
La vraie gauche appelle un chat un chat
*Et dit à la gauche qu’elle est dans son droit. »(p.98)
L’acte 1 comporte un fastueux banquet, illusion diplomatique respectant les usages internationaux, contrairement à d’autres choix posssibles, faits ailleurs.
Le choeur :
« Ton maître, c’est le travailleur
(…)Paie pour remplacer ce que tu as détruit
Partage les terres du propriétaire
(…)Le peuple, voila le héros désormais » (livret,p.93)
Cette fois : on affecte de prendre ( aux yeux du monde) les Américains au sérieux. Mao a disparu ; On ne le verra plus qu’à la fin du dernier acte : il ouvre et ferme ce « grand spectacle », théatre de mannequins dont il tire le bénéfice, comme il tire la ficelle Nixon : avec ce voyage » révolutionnaire », la Chine naît au monde des « Grands ».

__________________________________________________________
Didier Jouault pour :DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 20 VALLES marche dans Belleville, et Mademoiselle A. reste à la piscine, Deuxième Milieu. Partie 3 sur 7

Laisser un commentaire