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TEMPS DE LECTURE : PAS BEAUCOUP ( pour se reposer des longs épisodes de la séquence VALLES/NIXON).
André, le vieil ami, quasiment un frère, avait demandé de venir le soutenir,
jeudi soir,
à 20 heures,
salle 19.
André, pas besoin d’avoir une « claque », et la conférence a été brillante.
A la fin, la présidente de séance évoqua le futur échange avec les homologues de Cracovie, Budapest, Stutgart. Un dîner commun des participants happy few s’esquissait.
Pour des raisons mal formulées au début de la conférence, une dizaine de jeunes femmes s’était invitée in extremis. Originaires d’un « stage » de Français Langue Etrangère à l’université, elles avaient sans doute été attirées par l’annonce – certes discrète cependant – de la conférence, au cours de laquelle on cita beaucoup les psychanalystes.
« André et les jeunes femmes »– tant pis pour le hiatus, pourtant réputé inacceptable. André hait les jeunes femmes? Mais les psychanalystes présents n’ont pas relevé l’inacceptable présence de hiatus… A chacun son impossible.
Assises un peu comme une équipe de fans visiteuses, dans un coin de la petite salle 19, elles formaient une sorte de tâche de lumière juvénile, une espèce d’ilôt plus joyeux qu’attentif. Plus soyeux qu’opératif…
A voir la majorité d’entre elles, DeeJeePap songeait à l’exposition de ce peintre finlandais, paysages de neige et de solitudes partagées. André rappelait la fameuse définition lacanienne de l’Amour, la présidente de séance fouillait les documents du jour, et DeeJeePap s’abandonnait à rêver d’un séjour dans la villa près du lac, à des répliques de Tchekov, à des promenades polyphoniques et polyglottes, à des repas mûris à l’airelle et cuits au beurre de renne, avant la neige et l’inévitablement gracieuse (pour un latin) session de sauna.
Des images de jadis apparaissaient : Françoise, Laurence, Jorge et DeeJeePap, le quatuor des attentifs, dans l’immense sauna/hammam/piscine/salon de thé de la rue des Rosiers, vers les années 80.
Mademoiselle A. – toujours en service – rappelle : on ne raconte ici que le présent ou le futur du présent. Sinon, faut changer de titre à la série.
Elle ajoute que Vallès/Nixon, passe encore, en raison d’immenses proximités probables- hélas- avec le futur du présent.
Mais les soirées de ces quatre là, nus au sauna au milieu trempé des autres, (deux fois par semaine, soirée mixte), thé à la menthe et tranches épaisses de Kranz, même pas un peignoir dans le sauna, évidemment, non. D’ailleurs, ajoute-t-elle, on n’aurait pas oublié Les Rigoles? Les Mésanges? Les Cascades? La Favorite ?
DeeJeePap75 : parce que nous sommes pris dans le flux si léger d’une tendresse temps qui passe, il y a souvent peu à raconter, sinon la conférence d’André.
Ah, si, tout de même : renonçant au projet du dîner des fidèles auquel André le conviait, DeeJeePap croisait peu après le groupe des jeunes femmes étrangères. Elles tentaient de s’installer en terrasse dans la fraîcheur, sur le grand boulevard.
Il aida pour qu’on leur apportât les désormais fréquents plaids qui renvoyaient une fois encore à une image de sérénité fin de siècle, de langueur transatlantique.
Stupéfiante image parisienne désormais banale, comme si les cafés agités s’ouvraient à des curistes ( un peu animés, tout de même), à de vieilles anglaises stimulées par la bière, à des convalescents post-sevrage de Havane. « Qu’est ce qu’on Lacan pour être heureux« , c’était le titre d’un livre de Jean-Jacques, autre ami, inspiré des « Collégiens » qui chantaient ça vers 1936?
Sur la terrasse, on avait commencé à parler, d’autant que la plupart déjà maitrisait bien la langue. On avait décrit des maisons à Oslo, Stavanger,Trondheim, Bergen. L’une d’elle enseignait le « drame » au lycée de Krustiansand, quasiment la côte d’azur de ce pays. Elle ajoutait que, avec les élèves de dernière année avait été montée une version de NIXON in China, adaptée pour quelques instruments par son vieux collègue de la classe de musique.
Elle avait encore en mémoire le trio des femmes de la scène 2 à l’acte II. Usant de l’Anglais, elle récita en fredonnant :
Chaque année
Un plus grand nombre d’entre nous se courbe
Sous l’ombre
Du prochain coup,
A quatre pattes
Nos grands-pères
Avalent les insultes
Comme si par choix
L’humble chair
Baisait le fouet
S’interrompant, elle vérifie que l’auditoire n’est pas perdu. Elle reprend un peu plus loin dans le livret :

Nous en sommes bien conscientes,
Nous connaissons tout cela,
Comme les pauvres endettés
Continuent de vendre leurs filles,
Comment pendant la sécheresse
Des hommes continuent de s’engraisser
Gràce au profit
Gagné grain par grain
Sur d’autres hommes
Saisis par la famine
Qui échangent leurs boeufs
Contre la ration d’une journée…(livret, P 111)
Mais beaucoup de fraîcheur est venue grignoter cette toute tiédeur des voix, déjà brisée par la rudesse des mots. DeeJeePap invite le groupe- sans illusion- à un verre plus chaud : thé au gingembre ou vin à la cannelle, il n’habite pas loin. Il connaît de bonnes lignes de métro.
Comme dans une banale comédie américaine, elles s’amusent de la plaisanterie. Puis rappellent qu’il faut rentrer à l’auberge de jeunesse à temps.
MademoiselleA. : donc, de nouveau on peut suivre le pas tranquille et solitaire de DeeJeePAP, sur le boulevard. Fatigué ( peut-être?) il ne propose pas une séance de pose photo ?
DeeJeePAP/75 : ni fatigue, ni pose, rien que …
ce pas tranquille du temps qui passe,
et
l’attente attendrie d’une mémoire qui s’égoutte après la pluie de présence.
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Didier Jouault , pour : DeeJee/PAP-75, A partir des échos tendres du temps. Intermède entre deux opéras : André et les jeunes femmes, un verre plus chaud, Texte numéro 50 de cette série ( en comptant les « programmés » et les » brouillons ».

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