DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 21 VALLES marche dans Belleville, et les belles dames vont à l’Opéra voir un Bataillon de camarades rouges. Partie 4 sur 7, troisième milieu.

9 -1871 , les Prussiens repartis :

Tous (et toutes, mais déjà en 93…) se rencontrent à la fontaine et se disputent au lavoir, dans ce Paris du peuple, échangent les nouvelles puis se renforcent à la mairie et se dissolvent sur le boulevard. Belleville. Charonne. Le vin est moins cher que le pain : la vigne pousse à Belleville ou Montmartre, pas le blé. Les groupes se forment sous la parole de l’un d’eux ( Vallès) et se défont sous la menace de l’autre (Ferry), selon les époques, avant ou après « l’Insurrection ».

La violence et la pureté, le rêve du bonheur pour tous et l’ardent poids du réel sur chacun. La Commune, ou comment préserver l’idéal de la misère vaincue en n’usant que de la parole, serait-elle « décrêt ». Vallès : l’enchaînement des paroles et la parole donnée à d’autres.

Si le modèle ( ou le repoussoir, selon les « clubs » ?!) est bien la Commune du 10 août 1792 (assaut des Tuileries, et vite abolition de la monarchie), l’époque impériale a changé les cibles. On ne doit pas oublier cela : l’ennemi cette fois, ce n’est plus l’Assemblée Constituante ou la Convention où siègent de petits bourgeois venus dArras, Arcis-sur-Aube, Carcassonne ou Décize, (chacun reconnaîtra les siens) pas non plus les nobles encore protégés par leur particule depuis toujours ( ça va changer quelques jours plus tard, en Septembre 1792, par les massacres systématiques des blonds aristocrates au fond des prisons noires, ce qui n’est franchement pas l’honneur de la Révolution !).

Maintenant, 1871, après des dizaines d’années de fortunes bâties dans le fer du rail, la spéculation des banques, la chimie des industries, la poussière des mines, l’arrachement de l’exode rural (l’exil forcé, disent certains), l’ennemi c’est le riche, encore presque neuf dans sa fortune déjà immense.

Belleville passe de 5000 habitants en 1815, à 70000, en cinquante ans : paysans du Perche, demoiselles de Bretagne, ouvriers des premières usines, bonnes et maraîchères.

L’ennemi – celui qui avoue son indifférence à la souffrance des horizons absents et à la détresse de grands froids d’hiver, -le voici habillé autrement. Il ne se prétend plus le « sang bleu » des nobles, l ‘aristo flambant et dépensier. L’ennemi, il dévore le temps des ouvriers mais ne montre pas tout son or. Il Epargne. Il Spécule. C’est la France des nouveaux riches, celle des luxueuses familles bourgeoises, soudain toutes proches, dans les « folies », ces superbes maisons de campagne à Ménilmontant, Charonne, Belleville.

C’est aussi, parfois, pour Vallès, le  » Républicain » jouant la noble attitude. Ainsi de Jules Simon, futur Président du Conseil de la III ème République, puis ( on n’ose l’écrire) « Sénateur inamovible », jusqu’à sa mort.

Vallès s’est présenté, vainement, contre lui pour une sorte de « primaire » désignant le candidat Socialiste aux élections d’avant l’insurrection. Une rencontre, pendant la Commune, doit avoir lieu, pour organiser une « manifestation ».

Portrait :  » Patouillard, félin, avec des gestes de prêtre, les roulements d’yeux d’une sainte Thérèse hystérique, de l’huile sur le langue et sur la peau, la bouche en croupion d’oie de Noël – il me reconnaît, et vient à moi en avançant ses doigts grassouillets et moites.

‘Mon ancien et cher concurrent…

J‘ai mis les mains derrière mon dos et me suis reculé, laissant à d’autres le soin d’interroger le personnage. « (p.123)

10Vallès- populaire

Vallès, comme on peut en ce temps – écrit, est reçu, publie, est interdit, demande, est repoussé, combat, se débat, est emprisonné même, et qu’importe : encore davantage il agit et parle : vertigineuses déambulations en ce temps d’ à pied ou en carriole, et de mots tracés à la plume pour donner les consignes.

VALLES : « Napoléon sait bien que Robespierre est le frère aîné de Bonaparte, et que quiconque défend la République au nom de l’autorité est un Gribouille de l’Empire« (97). Emprisonné, il découvre ce qu’affirment tant d’écrivains enfermés :  » Cette captivité n’est point pour moi la servitude : c’est la liberté. En cette atmosphère de calme et d’isolement, je m’appartiens tout entier(97).

Mais la Commune va vite, improvise tout, débat des riens ou de l’essentiel : va-t-on capturer le trésor de la Banque de France ? Les clans sont vite nettement distingués: « La Sociale, la Marianne : deux ennemies »(105). Toujours Vallès refuse les violences, c’est presque malgré lui- qu’il « est adopté pour candidat par la démocratie révolutionnaire de l’arrondissement  » par « trois cents pauvres » (114). Mais le « vrai » candidat de la « vraie République » a été Jules Simon.

On se bagarre.

La Sociale, la Marianne. « Les ennemis me toisaient du haut en bas, s’indignaient qu’on les eut crus capables de m’aider à semer la division dans le parti « (116) : « Ah! J’étais plutôt fait pour être un paysan qu’un politique- quitte à prendre la fourche avec les Jacques une année de disette, un hiver de famine »(118) .

Vallès, encore, après un entretien mal conclu : « J’ai fait ce qui m’a plu. Je ne reconnais à personne, pas même à un ancien, le droit de discipliner mes poignées de main »(124), et – en réunion très chauffée  » Les durs-à-cuire, ceux qui ont pour opinion qu’il faut que ce soit ‘comme en 93’ écoutent religieusement, tout en regardant de travers les voisins suspects de modérantisme »(134)… ou perséverant : « la multitude…aime à voir marcher en avant d’elle, écriteaux vivants, les personnalités connues qui portent un programme attaché, comme une enseigne entre les syllabes de leur nom » (148)

Elle progresse, l’Histoire- non sans un évident fouillis d’entreprises et un vigoureux débat d’idées. « Gare au bouillon rouge ! Ils en ont besoin, ils la veulent! La misère les déborde, le socialisme les envahit » (155)… La Marseillaise ? « Elle me fait horreur votre Marseillaise de maintenant! Elle est devenue un cantique d’Etat. Elle n’entraîne point des volontaires, elle mène des troupeaux. Ce n’est pas le tocsin sonné par le véritable enthousiasme, c’est le tintement de la cloche au cou des bestiaux »(158)

Analyse ? Comme à chaque fois, une presque mystérieuse capacité à la distance critique mêlée à l’inépuisable empathie pour les pauvres, c’est VALLES : « Le bon peuple fait la courte échelle à tout ce monde de politiqueurs qui attendaient, depuis Décembre 51, l’occasion de revenir au râtelier et de reprendre des appointements au galon ».

Encore ?

Quittant Blanqui, pour une fois non emprisonné : « La puissance révolutionnaire est dans les mains des frêles et des simples…le peuple les aime comme des femmes  » (189)…Assemblée populaire, conflits de volontés, de candidats :« Il s’agit de ne pas se vautrer dans ce fumier humain, et, pour ne pas y laisser pourrir le berceau de la troisième République, de revenir au berceau de la première Révolution »(190).

Encore ! ( Vallès vient d’ête élu dans l’arrondissement) «  …défendre, contre l’Hotel de Ville, les droits d’un faubourg de la-haut »(192): d’abord la voie et la voix vraies du peuple d’ici, en haut de la colline. Belleville. Ménilmontant. L’élu « préside les délibérations de tous les groupes, sans être président de rien »(201) : faire advenir des vérités sans les énoncer…Du coup, quelques moments très tendus :

« -Je vais vous faire arrêter, m’a dit Ferry« (oui, le même, Jules, alors élu de Paris)

-« osez donc ! » (205). Quant à l’arrondissement, l’ancien maire jette à Vallès « Je vous ferai fusiller demain! »(215)… Vallès ne se sert pas lui non plus des caisses de la mairie, il observe : » Ce n’est pas à moi de vous dire que je vaux quelquechose, mais ne sentez vous pas que, dix fois déjà, j’aurais pu devenir riche, si j’avais voulu? ».(228)

Tout va vite, Vallès parfois suit avec peine – ou ralenti de questions : « Je suis le dernier venu, en effet : je n’ai été ni avec les fusilleurs hier matin, ni avec les barricadiers hier soir »(250). Violents échanges au « comité central »( Vallès, élu, est aussi rédacteur en chef du très lu « Cri du peuple« . « Allez donc peser les théories sociales quand il tombe de ces grelons de fer dans le plateau de la balance! »( 258).

Livret :

Ballet Le Détachement rouge des femmes donné en l’honneur du couple Nixon. (Livret Opéra)

__________________________________________________________________________

Didier Jouault pour : DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 21 VALLES marche dans Belleville, et les belles dames vont à l’Opéra voir un Bataillon de camarades rouges. Partie 4 sur 7, troisième milieu.

Laisser un commentaire