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TEMPS de LECTURE : SIX MINUTES
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12 – Mademoiselle A :
Tenez, je retrouve dans votre bibiothèque un « Tract Gallimard » de Olivier HAMANT, « Antidote au culte de la performance« , et ça dit :
« Notre seule certitude, c’est le maintien de l’amplification de l’incertitude ».
Vous ne seriez pas incertain, assez, DeeJeePap? En somme, convaincu de n’avoir JAMAIS raison, pour qu’on en reste ici avec les fantômes dont les combats d’idées- trop certaines- n’ont formé que des échecs- très certains?
Et pourtant ils parlent, ceux des clubs de la Commune en 71? Ils débattent, ils votent ceux de La Commune. Par exemple, sur la restauration (sic) d’un « Comité de Salut Public« . On se souvient du premier : secret des débats, gouvernement sans vote, nulle archive constituée…

Vallès vote contre ; décidemment, il sera toujours à ranger dans le groupe vertueux des « minoritaires » ( déjà, la Commune se décompose en Menchéviques et Bolchéviques).
Le « Comité » ? Méfiance des abus ? Certes. Crainte d’une absence de la parole du peuple? Certes. Mais pas seulement. Avant tout l’authentique respect de l’humain, d’abord l’humanité en l’humain et même s’il est « louche », parce que la solidarité dans la misère et la confiance en les pauvres forment son crédo unique :
« Dans la matinée, des femmes trop en guenilles, des individus à mine louche, ont été surpris par les éclaireurs. Ils se réclament de la misère pour expliquer leur rôderie nocturne, et comme l’un d’eux a dit qu’il allait arracher de quoi manger dans un champ, j’ai, au nom de mes faims d’autrefois, empêché qu’on le fusillât ». (287)
13- C’est ce que raconte » L’Insurgé ».
L’ennemi d’alors, le voilà au milieu de ce petit peuple harassé. L’aristocrate passait en vitesse, chamarré, poudré, inaccessible, autre race, « sang bleu », plume au vent et boucle d’or au talon rouge. Inaccessible longtemps. Jusqu’aux jours des lames qui tombent sur la nuque. 
Le bourgeois, il est dans l’usine, lui, à portée de main, demain. Dans la maison du directeur à la mine, on le voit qui arrive à sa banque, vêtu autrement, certes, mais d’une certaine manière (les bonnes manières), davantage mélangé au populaire. Alors, c’est simple : le « notre maître » – affolant de différence et redouté de mille ans, – devient bassement « le patron« , rien de droit divin, rien d’inévitable. Puis, quand les remparts de Paris, si peu de temps avant assiégés par le Prussiens, se referment sur la ville qui refuse la « trahison » du gouvernement post-impérial, le Gouvernement de Défense Nationale proclamé en septembre 1870, avec lui la Bourgeoisie fuit. Et on les trouve hors les murs, hors les murailles de Paris, les murailles vivantes des corps de Paris.
Voici pourquoi tout devient plus simple, trop simple – et donc un peu irréel : on est entre nous maintenant : Nous-Paris-le-Peuple ici, enfermé dans ses débats, Versailles – le Thiers -Etat, là-bas dehors, affolé, dans ses dialogues.
Millions de pages écrites sur 1871, quelques semaines. Mais au fond, tout est facile à comprendre, et c’est ce que raconte-précisément- » L’Insurgé « .
On va pouvoir y voir clair dans l’espoir. Trier le fatras du réel. Compter les pains et les poings, les rats et les mouches. Poser les idées sur l’établi de la faim, les mots sous le couperet des guillotines attendues par certains, refusées par d’autres.
La Commune, c’est comme un île de naufragés sans réserves, sans Vendredi sans Le Clézio. Juste Vallès.
Et quand ce qui sera « La semaine sanglante » commence, Vallès une fois encore sait jusqu’où son propre destin le conduit.
Elu membre de la Commune :
» Content que le peuple ait pensé à moi. Mais cette nomination-là, tu entends bien, c’est la condamnation à mort !« ( p.269). Parcourant Paris qui lève ses barricades : « Un drapeau rouge tout neuf vient d’être planté par une belle fille, et fait l’effet, au-dessus de ces moelleons gris -d’un coquelicot sur un vieux mur. »(p.292)
14 – Mademoiselle A. s’interroge, comme d’habitude ?
Non sans un peu d’agacement ( propre à son age pressé):
« Encore? on va encore décrire Belleville, ses petites gens et de grands escaliers ? DeeJeePap, tout 75 qu’il soit, n’aime plus les sourires légers que font apparaître les filles aux terrasses, les jolis messieurs proprets des coffee-shops, les pas lents et légers dans les escaliers ouvrant sur des terrasses, plat du jour /café ?, ou les salles de cinéma surgies dans le passage voisin d’une galerie d’art »?
Nul ne sait en quels termes répond le DeeJeePAP 75, mais Mademoiselle A succombe avec délices à la provocation- son exercice préféré ainsi qu’ont noté certaines :

15 – Vallès :
« Allez donc poser les théories sociales, quand il tombe des grelons de fer dans les plateaux de la balance« (258). Formule à répéter !
La révolte a commencé dans Paris, le 18 mars, même si on a oublié les détails, elle commence par des exécutions de généraux, elle finit de même par des exécutions d’otages ( Vallès est contre, cette fois encore minoritaire) :
Vallès :« vendredi, rue Haxo » ( hauts de Belleville, ilôt de résistance): «
« On va en descendre une nouvelle fournée !
-Qui?
–Cinqante deux calotins, gendarmes ou mouchards! »
Encore une tuerie en dehors de la bataille !
Je les comprenais abattant l’archevèque comme on décapita le roi. L’idée le voulait, ils pensaient qu’il fallait l’Exemple. Mais c’est fait! La bible plébéienne a son signet de tranches rouges, comme un missel gothique » (p.323) 
C’est juste avant la traque des vaincu(e)s, avant le violent dégoulis d’assassinats de mai 71-, les soldats de la Ligne regardent à peine pour viser, ça tue, voila tout, les rues dégagées à la mitraille, on a retrouvé il y a peu des dizaines de squelettes sous le minuscule jardin de la tour saint Jacques, ça fusille à Belleville, et le tout neuf parc des Buttes Chaumont, entre autres, le cimetière du Père Lachaise, sont devenus fosses communes gigantesques. Boulevard de Charonne, des travaux urbains ont là aussi fait apparaître des dizaines de cadavres sans procès enfermés dans les uniformes de « gardes nationaux ».
Entre temps, quelques rouges et pâles semaines jouent aux dés le destin,
dans les yeux bleus de Louise Michel…
…et la déraison des conflits d’idées devenus tirs au fusil du communard contre le voisin de rue.
Mais- dans les cavalcades et les détonations, Vallès persiste : un « Fédéré » l’injurie car Vallès s’indigne d’une exécution sommaire. » Vallès : « Oui, l’on veut paraître propre dans l’histoire, n’avoir pas ce fumier d’abattoir attaché à son nom « (p.299). Refuser l’indigne compromis avec le refus de la dignité, pour les hommes?
Pour l’Histoire aussi ( et comme ces ages résonnent avec notre temps ! ): Un groupe veut détruire le Panthéon » On s’en fiche, des temples à la gloire. Et des boites à grands hommes! Pas vrai, citoyen?(…) J’ai eu une peine terrible à retenir Totole et à lui expliquer que, quoique n’aimant pas les monuments, je ne demandais pas qu’on se servît d’eux pour tuer la moitié de Paris(…)Mais ils sont têtus en diable, et, malgré tout ce que je puis leur raconter, la mort du Panthéon est résolue(…) (p.310). Le monument, comme on sait, a été préservé, après de longs débats…
____________________________________________________________________________Didier jouault pour : DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 22 : VALLES marche dans Belleville, et les belles dames cette fois n’iront pas voir NIXON à l’Opéra. Partie 5 sur 7,

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