TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTES (mais ça finit bientôt)
Il est conseillé – pour les mises en page, de cliquer sur » lire sur ordinateur ».
DeeJeePap 75 : j’ai habité un coin de l’Europe où le futur semblait avoir sa chance, et l’horizon une hauteur de vue.
Désormais, on dirait que le désastre, surtout lui, continue son chemin, et que « le ciel est bas comme un tambour« .
Voici pourquoi les épisodes qui terminent DeeJeePAP 75 sonnent un peu comme une petite musique de nuit, en préparant la saison suivante, et le désir de raconter le passé d’un futur : y surgira ce récit vieux, où la nostalgie nourrit la mémoire, et l’espérance croit au rebond. D’ici là, pour terminer cette « Saison » : quatre temps. Car si l’espérance croit au rebond, c’est avec de petits pas.
TEMPS UN, sur QUATRE
J’arrive, donc, à BELLEVILLE, ma ville, – avec lenteur et précaution- d’une époque où l’avenir avait un futur et le progrès un horizon.
Né dans l’arrondissement ( à Gambetta, rue Emile Landrin, ex-conseiller municipal, et Gambetta, une forme de République tout de même); habitant au nord Belleville, Porte des Lilas( ici cultivés jadis, fleur des pauvres, paysage dévasté ensuite par le « Périphérique », l’artère des ilotes); ou aussi à Télégraphe(le premier outil annonçant Valmy, qui prépara la Première République, construit sur un domaine qui appartint à Le Pelletier de Saint Fargeau, richisime aristrocrate votant la mort du roi à la Convention, et assassiné le jour même paa un monarchiste); et maintenant à côté de la place Krasucki, tout près de la rue Ramponneau- mais on a , sur ces pages, déjà beaucoup parlé de La commune.
Ma terre, au fond.
. Mon pays, mon village.
Les feux -non pas de la rampe, mais de la rente forestière favorable aux incendies caninulaires – ; les feux et creux des discours ambiants des candidats (on n’écoute plus leurs pathétiques « parades d’été sur les plages et dans les campings » ; les mouvements brassés en vain et dans l’inquiétude soufflent maintenant ces vents bizarres des souvenirs.
« Le vent se lève, il est temps de vivre ». Encore Paul.
Mademoiselle A : la vie est facile, pour vous, chacun le sait et tout le monde peut- ici- le lire. Ce n’est pas ainsi qu’on vit à BELLEVILLE, en général.
Même entouré des traces d’anciens amis

DeeJeePap : Aujourd’hui encore, et ça étonne qui l’observe, je fais souvent ma toilette devant un lavabo – même parfois devant l’évier plus vaste de la cuisine – avec un gant mousseux et (maintenant !) chaud. De lointains vis-à-vis,mais jamais personne aux fenêtres d’immeubles en contrebas. Lavage au gant. On se voit dans le miroir, hélas, on aperçoit l’épaisseur de la taille, de rares éclaicissements vers le pubis, et c’est une drôle de diversion à l’actualité.
Se laver au gant, dans une cuvette de zinc, eau froide, évier en émail de cuisine froide, il y a soixante-cinq ans de cela. Et,dans l’inquiétude soufflent maintenant ces vents bizarres des souvenirs. SOIXANTE CINQ ANS, rien à dire pour cette fois hein, Mademoiselle A. ?

Un hiver, il y a soixante -cinq ans, ou soixante-trois- ce qui revient au même, pendant les congés de février sans doute, la mère- qui fit vingt métiers faute d’en savoir un – avait loué un tout petit coin de triste maison dans cette Picardie où se plantaient nos très lointaines origines.
Cette fois là, entre deux autres activités, courant après un peu d’argent, comme on fait toujours à BELLEVILLE, elle gardait deux ou trois enfants du quartier, des un peu moins pauvres sans doute, confiés par les parents.
Le bon air de Picardie. Pas cher. Et tant de valets venus d’ici, jadis, pour servir . Parmi eux, sans doute, les ancêtres.
La triste maison était petite. On se lavait dans la grande pièce de séjour ; elle-même y dormait sur le canapé, je ne me souviens pas de l’arrangement pour les enfants. La mère ignorait Freud, la sexualité infantile. Mais pour elle, dans cette famille et ce milieu, toute allusion au corps ( à l’dée que le corps existât), déjà formait une manière d’obscénité.
Autour de la cheminée, seule origine d’un maigre élan chaud, la mère dressait donc un cercle de chaises. Rideau-paravent, espèce d’espace clos de muraille textile, bunker de la chair
Etalés sur le dossier de chacune, les vêtements ou une maigre serviette construisaient un très symbolique univers parallèle porteur de Vertu ( ou supposant) l’intimité. Qui n’intéressait personne. A cette période, il y a soixante-cinq ans, les enfants ignoraient qu’on leur savait une sexualité.
Au milieu, bassine de zinc sur un taboutet, eau tiédie sur la cuisinière, gant poilu de chez Prisunic, mais acheté en soldes fin de marché de la Porte des Lilas.
On se dépéchait pour « la débarbouille« , surtout du non nommable, le pire du corps,excrétion et pulsions : l’espace dit « le milieu »… Isabelle, dix ou douze ans elle aussi, me semblait abuser du temps que la mère abandonnait à ce sulfureux nettoyage des « parties ».
A cette époque, un garçon privé de soeur et fossilisé dans les vues de famille étroite, ça ignorait la façon qu’ont les filles d’être bâties autrement, et qu’elles lavent avec davantage de soin leurs coins fragiles, sans doute. Isabelle, donc, tardait.
Mademoiselle A s’interroge : justement, les heures sont elles au mode lent du récit traînard?

Pour savoir si on allait en finir enfin de cet usage mouillé du gant intime, depuis l’espace au-delà des chaises en rideau, DeeJeePap se mit sur la pointe des pieds.
Non pour découvrir à quoi ressemble une fille quand son pull est posé sur un dossier, et qu’elle en devient nue ( ce qu’il verra autrement plus tard,jamais sans déplaisir ) mais pour mesurer le temps d’attendre. Dans le souvenir, pas de découverte : on ne regarde pas » le milieu » ( d’ailleurs qu’apercevoir de loin sur une fille de douze ans?). Seulement on estime la durée du geste. Mais bien sûr la mère se méprend.
C’est dans son usage, se méprendre, décider que le pire est certain. Pudeur de femme, frayeur de « gardeuse »?
Pure exaspération de la désobéissance filiale? Elle gronde, s’indigne, se fâche, ça ne se fait pas, sale gosse, déjà petit salaud, brute de même, et donc elle giffle à la hauteur de l’offense. Ce qui fait assez haut.
Un expert des images premières, peut-être, dirait cela : naîvement, pour savoir comment passe le temps, vous DeeJeePap12, avez osé traverser le rideau préservant la nudité, le corps à sa peau réduit, sans même songer qu’elle fût liée au sexe par notre société morale, pour qui nu égale cul et cul égale sale, et puis vous avez reçu cette punition, crue légitime par l’autorité. Voilà tout. Passons à la suite .
La suite ? Depuis de jour des murailles de chaises, vous ne faites plus rien, au fond, que répéter ce geste : vous mettre sur la pointe des pieds, pour apprendre si le temps passe, et comment ç’est au-delà du bunker que le social dresse face au vivant. Et la pointe de pieds, jadis fut un stylo, maintenant c’est un clavier. De là on voit plus loin dans le temps. C’est ce qu’on nomme écriture. Très simple et ( désolé pour Michel et son Alto) pas de » fulgurance d’écriture », cette fois.
____________________________________________________________________________
DeeJeePap 75 : j’ai habité un coin de l’Europe où le futur semblait avoir sa chance, et l’horizon une hauteur de vue. Désormais, on dirait que le désastre, surtout lui, continue son chemin, et que » le ciel est bas comme un tambour ».
Voici pourquoi les épisodes qui terminent DeeJeePAP 75 sonnent un peu comme une petite musique de nuit, en préparant la saison suivante, et le désir de raconter le passé d’un futur : y surgira ce récit vieux, où la nostalgie nourrit la mémoire, et l’espérance croit au rebond. D’ici là, pour terminer cette « Saison » : quatre temps.
TEMPS DEUX, SUR QUATRE, début :
On revient toujours à soi-même prétend Mademoiselle A, c’est-à-dire à vous DeeJeePap, même si- dès le départ, depuis notre rencontre il y a presque un an, au musée, c’était du monde ( donc de Belleville) qu’il s’agissait bien de parler.
On la sent nostalgique.
___________________________________________________________________________
didier JOUAULT, pour : DeeJeePap-75 : vers l’effacement des échos tendres du temps. Episode 50 , Fin de saison moins 2. D’ici à encore ici, BELLEVILLE, les pauvres, c’est de l’espèce des persistants. ( TEMPS UN sur QUATRE )
Laisser un commentaire