DeeJeePap-75 : vers l’effacement des échos tendres du temps. Episode 51-b, Fin de saison, c’est moins 1 ! . D’ici à encore ici, BELLEVILLE, les pauvres, c’est de l’espèce des persistants, Fragment 4 sur 4

BELLEVILLE : préserver cette ville attentive et créative, active pour les plus pauvres et isolés : c’est le repos de maintenant.
Mademoiselle A : « Maintenant  » seulement?

DeeJeepap : ensuite, mais tout cela est déjà écrit, entrelardé d’images, une quarantaine d’épisodes est à venir, « TYNE et GEDEON », qui racontent la politique d’une Histoire, depuis longtemps passée. En affirmant- affirmant jusqu’au bout et malgré tout– que la malignité du monde serait une donnée de base pour penser la vie commune des hommes. Que la malignité de la vie politique serait une donnée de base pour comprendre la vie sociale.

Mais à présent, choisir pour un temps l’immense écart, du siècle et du texte. « A la recherche du temps perdu ».
Je ne connais qu’une personne qui a -réellement- lu « A la recherche du temps perdu » vraiment d’une seule traite. Laurent le raconta, un soir, devant un croque-monsieur, après la chorale grecque. Proust, d’un seul tenant, au cours d’une année : en marchant avec les autres « appelés », il lisait Proust. L’adjudant ne disait rien. Et lui lisait Proust, entier. Cela, dit-il, l’a transformé pour bien des suites.
Moi, je vais le lire comme un feuilleté, un mille-feuilles : le roman, volume après volume (les découpages d’origine, souvent aujourd’hui effacés par les éditions « compactes »).

Une autre façon de voyager vers le bout du jour, lire c’est partir un peu, non sans hésiter sur la destination, jusqu’au dernier pas du premier bus…

Et entre temps je glisserai de petits romans courts et faciles ( sauf si l’ami me conseille « NUIT » de Edgar Hilsenrath), des « polars » de Jacques Bablon, des « Dimanches à Belleville » de Clément Lépidis, ou des entremets plus sérieux, comme » La Disparition » de Pérec ou « Le Troisième Reich » de Bolano, ou  » l’Invention de Paris » de Eric Hazan. Mais, sur les étagères de la mémoire et les rayons de la lecture, malgré tous les efforts de toutes les amies et de tous les camarades ou frères, il reste toujours des numéros manquants. Ceux des romans que je n’ai pas su écrire.

Et on marche au milieu des oublis, ou des jours fériés de la mémoire .

PROUST, justement :

( « Du côté de Chez Swann ») et – pas loin de là ( là : le « côté de chez Swann ») : « La vision la plus belle d’une oeuvre est souvent celle qui s’éleva au-dessus des nos faux airs tirés par des doigts malhabiles d’un piano désaccordé »…

Mademoiselle A s’étonne, et s’amuse des adjectifs manipulés par le Marcel; pendant de temps, seul à la terrasse de Les « Rigoles », muni d’un Bic et d’un Bloc, DeeJeepap75 rêve en images quelques-uns des vieux métiers de la mère.

On a peu , ici, parlé de ça. Ce furent, entre autres, les « posts » assez nombreux de la saison I, les « Séquences Publiques d’oubli », mises en ligne entre 2015 et 2018.

Mais, puisqu’on tend (fermement) vers la fin : La mère- on s’en fiche, pas d’intérêt, et puis tant ont écrit sur leur petite maman ou sale mère. Mais les travaux, oui, c’est la véritable filiation du monde, les travaux, l’héritage en général des humiliations et des froidures d’hiver.

( L’ami des USA, Marc, s’il existe encore, va encore écrire que je « fais dans la facilité »)

Métiers, non, plutôt les occupations entre deux chômages ou deux claquages de porte. Souvent, à domicile, l’ouvrage. C’est l’antique et plutôt misérable tradition des pauvres de naguère : les artisans de Belleville, commune depuis peu rattachée à Paris afin d’annexer les terres agricoles et d’y promouvoir- avec bénéfices- des lotissements de M.Hausmann, les artisans travaillent chez eux, comme veux du faubourg Saint Antoine, tout proches. C’est en général la pièce unique, le soir on plie les outils, on débarrasse l’unique table pour nourrir les enfants revenus de leur propre travail. sale

En 1960 ( pourcentage d’une classe d’age au bac : 10 pour cent, dont deux tiers environ seulement avec succès ) DeeJeePap a dix ans. Les gens de BELLEVILLE, eux, le travail c’est à quatorze ans, après l’école communale, le diplôme de Fin d’Etudes, etc. On a tout de même progressé, un peu. Les appartements sont plus grands, toujours dénués d’eau courante, toujours pas de chauffage hormis la vieille cuisinière à charbon de la cuisine, et les toilettes s’ouvent sur le palier( d’où l’expression de se geler les fesses), , mais il y a plusieurs pièces Porte des Lilas.

Quant à la mère, selon ses époques, elle coud, elle taille, elle découpe- et quand elle n’accueille pas les enfants des autres ou ne sort pas la nuit garder les vieillards des autres, elle joue éphémèrement ( et amèrement, dans l’échec !) à la gérante de Familistère.

Veuve en 1940, elle a suivi une bredouillante formation de secouriste de guerre, et s’en glorifie pour « garder » les vieux et les malades la nuit durant, ailleurs, encore et comme d’habitude ailleurs. Une Séquence Publique d’Oubli raconte la boite du soldat mort, premier mari. relique obscène découverte au fond d’une armoire. Secret de famille. Rien à voir avec la lignée, même si le monument aux morts de Paris, interminable panneau sur un mur du cimetière du père Lachaise, dévoile un ancêtre nommé du fond de la tranchée.

Sinon, elle ferme à l’aiguille à couture de modestes et larges cravattes, d’abord repassées, et leur ajoute la « griffe »; ou fait les ourlets de pantalon, à domicile toujours, pour une grossiste à l’accente étranger ( ou étrange?).

DeeJeepap, dix ans, douze ans, bravement résolu, va chercher l’ouvrage et rapporte le travail. Ce sont de gros balots entourés de tissu beige. Ils tienent mal sous le coude ou sur l’épaule. L’endroit, c’est dans une petite maison en pierre de la Villa du Pré saint Gervais. On marche un peu longemps? Ce sont des ruelles, tracées par des enchabements de maisonnnettes. Cela aussi fut raconté par une « Séquence publique d’oubli ». On livre à l’heure dite. La grossiste semble à peine plus riche. Elle remercie de son accent étrange, mais ne laisse jamais de pourboire. Toute cette fabrique est mal payée, sinon ça se verrait à la maison.

D’autres fois, la mère, elle arrache ses mains avec des ampoules dues aux lourds ciseaux. Elle va elle-même chercher de molles plaques de caoutchouc gris, lourdes et fuyantes, ou de tièdes assemblages de rigide plastique noir. L’usine- comme il en existe encore tant à Paris vers 1960 – ne produit que le gros, des plaques  » embouties » et l’ouvrière à domicile « fait le fin. »-

La tâche est de couper, couper, ciseaux de lames aux formes variables, mais jamais de gants fournis, couper au bord afin que les pièces de l’emboutissage par cent ou deux cents par série reviennent découpées/livrées sous forme d’unités : utiles pour le endroits invisibles dans les moteurs, jouets, joints, parapluies de Prisunic, premiers instruments électro-ménagers.

D’autres fois, encore – c’est la secouriste gardeuse – elle part à l’heure du feuilleton télé noir et blanc ( « Le temps des copains »), vite elle met dans son sac plastique une espèce de voile, ou de coiffe, puis laisse à DeeJeePAP et l’aîné de quoi se nourrir un peu. Ils font ce qu’ils peuvent, ce qu’ils veulent, comme on imagine, loin des pistes, ça reste inutile de le raconter, à présent peu importe.

Elle revient au matin, avant l’école, et elle sent le vieilard ou la malade . . Elle ne dit rien de ces nuits.

Aussi, d’autres années, encore, parfois les mêmes, pour l’été, elle emmène en vacances, à la mer, à Saint Georges de Didonne, les enfants des autres, pour pas cher.

DeeJeePap se souvient surtout d’un non-voyant, de sa canne, de ses silences, des méfiances que l’obscurité du futur impose à ceux qui voient leur présent à travers les menus gestes de « bienveillance ». On a loué de médiocres bungalows au « camp Delage », bâtisses hâtives posées à la va-vite sur le sable, entre les pins, cloisons de bois, pièce unique, lits superposés, bloc sanitaire au centre des arbres, lavage de vaisselle plus bas, grandes auges et horaires fixes pour l’eau chaude.

On apporte sa vaisselledepuis chez soi, matériel en plastique jamais bien dégraissé. Pas loin, il existe une vaste salle de « restaurant », béton bruyant, tables de formica toutes alignées sur douze ou quinze lignes. Pire que l’internat, mais on ignore l’internat. forcément, l’internat de lycée c’est pour les riches- paradoxalement : « Restaurant du Camp Delage » : le patron et ses apprenties toutes pâles en dépit de l’été servent chaud et bon, il n’y a pas de raison de se plaindre.

A l’heure dire, le réseau gricheux des hauts-parleurs annonce sobrement : « Dîner! ». Le flux vacancier gagne le réfectoire-béton, à travers le très vaste espace du  » Camp ». On se croise. on se reconnaît. on « fait des tables ». Les enfants jouent ensemble dans l’enceinte très close du  » camp ». DeeJeepap est amoureux d’Isabelle et elle aussi. On se promène dans Saint-Georges-de Didonne.

D’autres fois, on entend : « Michka Toilettes ». Juste l’appel :  » « Michka Toilettes« . C’est quand l’un des campingneurs a perdu son portefeuille dans la fosse sanitaire du bloc, situé au cœur du « camp », douches et W.C en série rustiques et soignées… Michka boite, il a cinquante ans, il est slave. Il obéit. Il plonge les mains dans la fosse, récupère le portefeuille, les clés, les lunettes…

On peut croire que, l’hiver, il habite Belleville, rue des Rigoles (comme Krasucki jadis) ou rue Vilin ( comme Pérec le fit).

La dernière fois, la mère, DeeJeepap avait dans les treize ans, la mère, faute de mieux parmi la filiation, sans doute, elle finit par adopter l’un des petits garçons à elle confiés par des parents qu’on ne voit qu’une fois ou deux par an.

Leur chauffeur,-oui, un chauffeur, mais la mère ne pose jamais de question, le conducteur handicapé termina un soir par apporter le journal : parents arrêtés, visibles escrocs qui dépensaient en D.S.19 et hotels de luxe les donations faites à leur association prétendûment construite pour soutenir les pauvres handicapés. Pas ml d’nnées de prison;

Le petit « confié » grandit, ne porta jamais les balots de cravates ou paquets de pantalons. N’est pas pauvre qui veut ? Porta le nom de la famille. Se vit payer des études. de photographe-reporter. N’est pas pauvre qui peut.
Et ainsi de suite. Sauf que- et cela seul importe, DeeJeePap le répète, les mots rapidement accrochés au récit ne tentent pas le portrait effrayant d’un mère. Nul intérêt, à Septante-quinze, déjà dépassé.

Les mots, les scènes, les images racontent cette histoire qui ne se termine pas, cette histoire que VALLES rêvait furieusement d’interrompre, cette histoire qu’une moindre promenade au soleil dans Bellevile oblige à retrouver, comme si on voyait trois femmes à sac ouvert près des containers du Franprix qui va fermer, comme si on se penchait sur un pauvre à qui on a offet des chaussures qui arrachent des bouts d’orteil, cette histoire qui ne s’achève ni ne s’améliore pour le plus grand nombre, ni pour l’homme noir qui tremble et fume et lit des livres sur le banc proche de la boite à livres, toutes ces personnes vivantes,

ceux d’ici, celles de cette ville, ma ville BELLEVILLE.

Quand on traverse une fois de plus la place Malberg, de le rue des Pyrénées vers la rue Jourdain…

(exactement où se trouvait jadis la mairie du XXème arrondissement, ex Mairie du village de Belleville)

… de là on tenta de diriger les ultimes combats de fin mai 1871, contre la montée (toujours, déjà, la remontée) des dits Versaillais. La mairie avait été installée, à l’époque du village indépendant -avant 1860- dans une ex-guinguette nommé « l’île d’amour ». Combats, île, fraternité. mais Belleville ne pût échapper à la fureur de la norme.

Quand on traverse,donc, une fois encore, la place Malberg vers la rue du Jourdain en venant de la rue de Belleville on croise le plus souvent un vieil homme de couleur, assis sur un banc usé, pas loin des sanisettes.

Tout son corps tremble, il est malade, ses mains aussi tremblent, durablement malades. On y voit une cigarette, donnée par une passante, et – toujours, un livre. Deu ou trois autres livres, près de lui, sur le banc. Ils viennent de la boite à livres, coffre de merveilles de la place.

Et lui, tremblant, fumant, maigre et malade, sur le banc il lit.

C’est tout ce qu’il fait, en dehors des petites pitances qu’un passant lui offre, lire en tremblant. Sans même s’adresser aux visiteuses venues vider leur bibliothèque avant de changer de mari.

Si le soir tombe, il s’en va, on ne sait pas vers quel abri, afin de laisser la banc aux buveurs de bière qui l’occupent ensuite, et ne lisent pas, et ne connaissent pas la boite à livres.

Lui, l’homme qui tremble, qui n’est pas  » l’Homme qui marche » du Péruvien, ni « Un homme qui dort » de l’Oulipien, lui seulement lit, et ensuite c’est comme une disparition discrète, lente, jusqu’à demain.

Parce que cet homme là, demain, de nouveau, sans peine, vous pourrez le rencontrer, sur l’un des bancs de la place Malberg, si vous traversez depuis la rue des Pyrénées vers la rue

Jourdain, ou dans l’autre sens, la rue Jourdain, celle de l’ancienne mairie de Belleville, au temps des combats. Et des silences, et du départ immobile vers nulle part.

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Une réponse à « DeeJeePap-75 : vers l’effacement des échos tendres du temps. Episode 51-b, Fin de saison, c’est moins 1 ! . D’ici à encore ici, BELLEVILLE, les pauvres, c’est de l’espèce des persistants, Fragment 4 sur 4 »

  1. Avatar de szwarcblik
    szwarcblik

    Oui, Nuit, absolument … moi, et Michèle, avons lu la découverte du ciel et le faisons lire à notre tour…

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