( Les Après-midis d’un I phone )
TEMPS DE LECTURE : 7 ou 8 MINUTES,
c’est long, c’est en deux temps, c’est la suite de l’épisode 50, et ensuite, c’est FINI pour cette « saison » ! Parce qu’on est le jour même où cessent » SEPTANTE QUINZE »…
Il est conseillé – pour les mises en page, de cliquer sur » lire sur ordinateur ». Même si, pour finir, les images s’effacent un peu en dessous des mots.
TEMPS TROIS
Ceux du village dans le Sud, la photo noir et blanc de sortie de messe ancienne, trace posée sur l’église. Leurs yeux sont des miroirs d’un ciel vide et triste. Ce qu’on peut y trouver est une impression réduite à l’ombre : l’inquiétude. La peur. La peur que ce soit encore plus difficile. Encore plus maladif, fragile, enveloppé de faims mal éteintes. On pourrait, là aussi, chercher à connaître leurs noms, leur vie. Aucun risque à parier que leur nom ( le père, sur la photo, le fils plus loin ) est gravé sur le monument aux morts du cimetière.

Ceux-là sont un jour partis du village.
Les miens provenaient du pied du Cotentin, la terre molle et puant la bouse autour de Vire et Mortain.
Arrivant à Paris, fin XIXème, ils ont vécu dans les quartiers des pauvres, ces arrondissements d’alors (selon la date) communes indépendantes de Charonne ou Belleville. Je retrouve leurs adresses sur les documents d’Etat Civil.
Une arrière-grand mère habita rue RAMPONNEAU, en ces temps où les versaillais gagnaient la dernière attaque avant de fusiller ceux des barricades, dont celle de la rue RAMPONEAU, vers le haut de Belleville. Je sais aussi que sa fille, domiciliée elle aussi rue RAMPONNEAU lors de son mariage, épousa un dessinateur ( on ne disait pas encore « industriel ») venu de Belgique. Né à GAND, et cependant il s’engagea dans les » Gardes Nationaux » quand Paris fut encerclé par les prusiens en 1870, puis choisit de perséverer sous cet uniforme désormais honni par Thiers et ses Versaillais, lors de La Commune. L’Etat Civil atteste qu’il est mort, de ses bessures, à l’hopital saint Antoine, dans le fameux faubourg artisan et révolté qui fit les révolutions du XIX ème siècle.
Mort trois jours après la fin de fusillades et massacres de la semaine sanglante, fin mai 1871. Malgré les recherches, on ne sait rien de plus, ni s’il faut « sauvé »- bléssé non achevé- par un compagnon, un passant, sa femme, le temps qui passe, l’excès de travail pour les fusilleurs, ou – probablement- l’indifférence des massacreurs…fatigués.
DeeJeePap: BELLEVILLE, j’y suis né, et j’y ferai retraite. Entre temps, je parcours. Et je regarde le vrai du vécu : deux jours avant de partir une semaine au Festival d’Avignon – quinze pièces, dix terrasses, véritable budget -on quittait l’immeuble où habite la plus jeune du tout petit groupe familal.
Mademoiselle A : Celle-ci dont plusieurs posts, l’an dernier, racontaient les nuits d’hopital et les frayeurs de tous?
DeeJeePap : ce n’était pas dans mon village de Belleville. Ensemble, nous partions vers un lieu commun mais agréable, joyeuse promenade vers
la commune lumière d’été.
A la sortie, sur la marche propre du hall, un homme, qui ne bloquait pas les passages. Assis, mal vêtu, il regardait ses pieds : on lui avait donné- sans doute- des chaussures, Mais trois ou quatre orteils saignaient un peu des frottements du cuir trop étroit. Pieds nus, il tentait de soulager la douleur en fermant les mains sur les plaies.
Je me suis un peu penché, habitué aux « maraudes sociales » du soir. Il a cru que je voulais écarter cette vue, insalubre et si peu digne de l’humanité raisonnable du quartier. Avant que je puisse parler – derrière arrivaient les autres de la famille, encombrés de poussette et paniers – il a traversé la rue où brûlait le bitume de la canicule. Sans rien demander ni reprocher, en fuite lente et légère, de ce pas des pauvres habitués à géner.
Un moment j’ai voulu qu’on le rejoigne. On irait chez le pharmacien ( encore ouvert en plein août ?), on désinfecterait, on préserverait par du sparadap, j’achèterais des chaussettes, ou quoi que ce fut, faute de chausseur et de temps. On irait dans l’au-delà des mots.
Puis, non. déjà il était trop loin.
Mademoiselle A : un pauvre n’est jamais trop loin, même si vous l’avez souvent été, pauvre et trop loin.
BELLEVILLE, on doit savoir qu’il faut y être- seul à partager l’humanité, même imarfait, même fugace, et à Belleville s’impose l’évidence qu’on n’est jamais justifié, par rien, de n’avoir pas produit ce geste banal, aller chez le pharmacien, acheter du sparadrap et un désinfectant. On ne se demande pas – ici au moins- « ce que je fais là? »
BELLEVILLE, à la terrasse des Rigoles, des Cascades, de La favorite, du Zénith ou du Square, à celle des Mésanges aussi, on regarde passer une vie, pas n’importe laquelle.
Ceux – presque les mêmes, enrichis de multiples couleurs immigrées, qu’aimait Vallès dans le Paris des Communeux, Vallès qui a été si présent au centre même de cette « saison » Septante quinze. Regarder, aider, parler, même si les nouveaux étangers buvant des tchai latte à 8 euros devant un ordinateur à 3000 sont venus s’ajouter aux strates anciennes des gens d’ici.
BELLEVILLE : préserver cette ville attentive et créative, active pour les plus pauvres et isolés : c’est le repos de maintenant.
Mademoiselle A : « Maintenant » seulement?
TEMPS QUATRE,début
DeeJeepap : ensuite, mais tout cela est déjà écrit, entrelardé d’images, une quarantaine d’épisodes à venir, TYNE et GEDEON, qui racontent la politique d’un Histoire, depuis longtemps passée. En affirmant- affirmant jusqu’au bout et malgré tout- que la malignité du monde serait une donnée de base pour penser la vie commune des hommes . Que la malignité de la vie politique serait une donnée de base pour comprendre la vie sociale.
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Didier JOUAULT pour : DeeJeepap 75, l’effacement des échos tendres du temps. Episode 51-a, Fin de saison, c’est moins 1 ! . D’ici à encore ici, BELLEVILLE, les pauvres, c’est de l’espèce des persistants, Fragment 3 sur 4

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