Voila : DeeJeePap-75, terminé pour cette fois avec les échos tendres du temps. Episode 52. Une année. FIN de saison, car c’est à présent le temps de Deejee PAP « 76 ». Mais : Patience dans l’azur.

Mademoiselle A. sait déjà qu’elle va disparaitre de ce clavier, cet écran. Elle tient cependant à ceci : dans le tout petit village où, de plus en plus souvent, DeeJeePap vient passer quelques jours de soleil (même sous la pluie locale), il rencontre de temps en temps un vieil instituteur retraité ( qui eut un oncle menuisier ici, et vit dans l’héritage).

Quatre-vingts ans, un peu davantage même, et celui qu’on nomme affectueusement Jef dit :

 » Je lis, un peu, rarement, les posts que tu publies. Mais je n’entre pas dans cette écriture. C’est trop dense pour moi, ça ne file pas assez vite. C’est trop compliqué. Il y a trop de mots mélangés avec les autres, et trop d’images, même si ce sont quelquefois de jolies femmes ».

« On s’y était cependant habitués« , murmure Françoise – sans qu’on détermine s’il s’agit d’un regret au sujet da langage poétisé de DeeJeePap, ou de sa propre disparition, à elle, Mademoiselle A. .

Mais, après tout, jadis et naguère( onze ans de  » posts » quasi hebdomadaires) il y eut aussi Germaine ou V3, Silvia et Ferrara, Bob ou Morane, sans oublier l’indispensable « Madame Frédérique« , pour les saisons d’avant… Depuis onze ans… Quatre-cent-cinquante posts.

L’écriture jour après jour, c’est comme un oeuf sans moustache,

ou un astronaute les pieds sur terre.

DeejePap : « Pour la suite, prochaine saison, retenez les noms, ou attendez les jours.« 

-« On peut savoir qui me remplace ? » demande Mademoiselle A. Une Mademoiselle B., trouvée dans une piscine, B. comme baigneuse? Ou- pourquoi pas?- un Monsieur C, rencontré dans un couloir,C?

Hésitant, car rarement on connut de plus incertains temps d’écriture, DeeJeePap :

-« Saison VI , Tyne, l’Africaine, Gédéon, le Sénateur, et beaucoup d’autres. C’est écrit, déjà enregistré, ainsi va la vie, parfois vers l’avant, d’autres fois, aussi, à rebours.

Nous verrons bien. C’est écrit.« 

– » Tout de même, insiste » Mademoiselle A. », j ‘aimerais savoir si une autre que moi saura tenir vos promesses? »

Comme il semble hésitant, elle ajoute, citant un titre ancien : « Vous savez bien, le nu vêtu et dévêtu ? Ce qui marque les précédentes saisons, et celle-ci aussi, le jeu du montré-caché? Ajouté au mentir-vrai ? D’ailleurs, n’aviez-vous promis -au moins prévu- que plusieurs « posts » s’expliquent davantage sur les images de nues masquées de mots, ces montages qui ont tant agacé certaines, ennuyé certains, et amusé beaucoup? »

DeeJeepap, faussement ingénu, demande …

Toujours féminins, l’interrompt et fait mine de protester Mademoiselle A., c’est injurieux.

– « C’est que, plaide DeeJeePap, chez un garçon il y a si peu à montrer-cacher, tout est dit, tout est là , visible, long rond ou plat, long ou fat : trop facile. «  Est-il exact, inquisitionne Mademoiselle A., que vous détenez des « posts » où sont présents aussi des nus tels quels, parfois si crus que plus que nus ? »

.

Si l’on décompte les travaux et les routes, les vacances, les amis, les promenades ou tant d’expositions ( où, maintenant, les visiteuses habillées de la tête aux pieds prennent autant de place que les oeuvres des murs, et c’est enfin bien leur tour),

et aussi les familles, les affiches, les colloques, les images en réserve privées d’emploi ou estimées inutiles, les aussi les faiblesses d’un soir et même les tristesses d’un jour (ne pas publier les tristesses, surtout !) et les sots doublons : alors, la discrète COLLECTION DE DEEJEEPAP égale quinze ou vingt mille photos, numérisées, le plus souvent, très organisées en dossiers, quelquefois longuement retravaillées ( ne seraient-ce que lumières et couleurs)-

Non? Pas d’express dans les stations du récit ? Hâte d’en finir, sinon de savoir? ( c’est, croit-on, le « destin » des hommes : hâte de savoir, sinon d’en finir)

Sournoiserie gourmande, et dont les effets ne sont jamais connus, certes, dommage. Mais, au total, les nues, peut-être à peine trois pour cent ?

Jamais d’hommes ?

Sauf des auto-portraits, au nu, eux aussi maquillés de pudeur avant la publication, parfois utilisés pour d’antérieures saisons, par malice et galanterie.

Cela n’agaça jamais que des garçons. abeau rançois Malingrëy

-« Mais, et quoi, ensuite, ne s’empêche Mademoiselle A. ? Une saison rien qu’avec des nues, pour effacer le lourd du temps? Une saison rien qu’avec des mots, pour agresser le cours du temps ?« 

DeeJeePAP demande à MademoiselleA., prequ’invisible à présent, si on lui permet la dernière histoire du quartier ?

C’est une image, mais il n’y a pas de photo, de même qu’il n’y a pas de photo de l’homme aux orteils déchirés par une chaussure donnée, sur la marche d’un immeuble boulevard Voltaire ( voir un épisode précédent) ou du vieux lecteur qui tremble sur son banc de la place Malberg (idem). On ne photographie pas impunément la misère. Et encore moins de la petite Isabelle qui encore nue se lave « le milieu » avec un gant froid, au milieu des chaises (autre épisode). Les seuls photographiés sont les sortants d’une église dans un village du sud, le Maître et l’Ouvrier- mais ce sont des photos de jadis, vieilles de plus de cents ans.

Ailleurs, en ville, une autre ville que BELLEVILLE, d’autres ont décidé de porter des habits de fête agressive et- sur leurs épaules- des nus désobligeants- accablants. Mais , dit MademoiselleA., on n’avait pas décidé de les négliger ici, ceux-là venus de la zone des bassesses?

Et -nos images centenaires- ce sont les pauses des quatre derniers épisodes pour la fin des histoires à BELLEVILLE, presque la fin.

Assises sur le rebord plutôt sale d’un immeuble, à la sortie du hall (c’est une cité d’accueil pour réfugiés d’Afrique), trois femmes sont là qui attendent. Elles ont entre les jambes- jupes bien tirées- ou à main droite, un sac à courses à roulettes, vieux, pas décousu ni rapiécé, mais vieux ; décoloré.

Elles ne parlent pas, ni entre elles ni aux passants. Encore, c’est la canicule, elles ont si visiblement trop chaud. DeeJePap et sa compagne les voient, en passant, justement, pour rejoindre d’autres, pour l‘apéro, jus de tomate et vin blanc, place Sorbier, beaucoup de cafés, de terrasses, de jus de tomates et de vin blanc.

Les trois femmes, elles attendent. Si on fait le geste d’un don , elles semblent méfiantes. Malaise. Simplement, elles attendent. Dans trois ou quatre minutes, de l’autre côté de la rue des Pyrénées, en face, le Franprix va fermer ses portes (horaire d’été). Le personnel va sortir sur l’étroit parvis trois gros containers qui contiennent les produits- parmi d’autres plus sales, gouttant, crevés – d’un lendemain de « date limite ». C’est encore bien assez frais pour ces trois qui attendent.

Et chacune porte à la main droite un gant élastique de chirurgien. Parce que dans BELLEVILLE, ma ville, on est habitués à ça depuis des générations, pauvre ça ne veut pas dire sale; ça ne veut pas dire voleur; ça ne veut pas dire mendiant.

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