DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 24 VALLES se bat dans Belleville, l’Opéra ne chante plus, et ce jour du 28 mai, c’est la fin aussi des Frères : séquence 7/7 FIN

21 Le spectacle des « Frères », Opéra, Roman, Paroles.

La sépulture de Vallès au Père Lachaise n’est pas dûe au célèbre Jules DALOU, contrairement à ce qui est écrit dans certains guides. Encore un autre Jules, un de ceux qui ont participé- modestement- à La Commune, dans son rôle d’élu à la « Fédération des artistes »( comme COURBET...). Il contribue aussi, dans la fonction de conservateur, d’ailleurs très résolument conservateur des oeuvres (rares sont les « destructeurs » parmi les communeux), et même du directeur du musée, qui est maintenu en place.

Cette position de respect du patrimoine (tout comme le communeux CAMELINAT préserve le trésor de la Banque de France dans son rôle d’insurgé nommé directeur de la monnaie) ce choix le rapproche de Vallès, qui ne détruit pas mais combat, ce qui ne l’empêche pas d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité, par contumace. Pas le tombeau de Vallès, donc, mais – réhabilité, amnistié, revenu dans le rang de la République sage- DALOU a pris soin de tailler la sépulture de BLANQUI ( un de ses « Frères » Francs-Maçons), celle de ROCHEFORT (autre « Frère »), dans le même cimetière, ou -mieux connu- un spectaculaire et assez peu dynamique ensemble de bronze et de têtes, « La République », place de la Nation.

Parfois, on le confond un peu avec un autre sculpteur, BARTHOLDI (lui aussi un « Frère » ) qui conçut la statue « la Liberté ». Liberté, République, Commune, ces Jules, Dalou, Ferry ( maire de Paris en 1871, opposant de la Commune, puis député « Républicain », membre du « Gouvernement Provisoire », il a quitté la ville pour Versailles et sauver sa peau) Simon ( qui battit Vallès pour une candidature « Républicaine » à la députation) ou ces sculpteurs ou chansonniers (Jean-Baptiste Clément, « le Temps des Cerises ») ont en commun leur fraternité de francs-maçons, et un serment de solidarité prononcé lors de leur « Initiation ». Ils ne s’en cachent guère.

S’ils sont actifs- chacun sur son mode – pendant La Commune ou pour les débuts de la Troisième République-, c’est aussi dans les « tenues » des soirs de Fraternité. Ce qui n’empêche pas les violents affrontements entre « avancés » et « modérés ».

Dalou, Bartholdi, sont des Francs-Maçons distingués (Dalou est à la fin de sa vie Commandeur de la légion d’honneur…).Vallès reste très discret, lui, sur son appartenance, bien documentée : une seule allusion dans « l’Insurgé ».

Pendant La Commune, les « Temples » sont aussi des Clubs, autant partagés- voire opposés- que les autres. Les Francs-Maçons, ceux des « loges avancées » – et à titre individuel car leurs organisations se taisent avec insistance- sont autant sur les barricades (les « Frères » Félix Pyat, Henri Rochefort, Gabriel Ranvier, Gustave Flourens, souvent cités dans « l’Insurgé« , décrits dans les combats de la « semaine sanglante » ) que dans l’opposition à l’insurection (Louis Blanc, Ferry, Simon), position qu’adopteront les « Obédiences »(les instances nationales).

Conservatrices, ou même réactionnaires, les institutions maçonniques sont choquées par le choix pourtant logique fait par tant de « Frères » : mettre en oeuvre et en actes leur engagement social et fraternel, poser dans les rues les pierres taillées des barricades, lutter contre l’oppression, l’intolérance l’injustice…Mais également -point d’opposition majeur- refuser la violence. « Savoir/Comprendre/Agir », mais sans se battre ? Le pourrait-on ?
Alors peu nombreux ( 2000 à Paris en 1870, au plus), les « Frères » restés dans la ville s’engagent : sur les 86 « Elus » parisiens de La Commune centrale, 18 à 24 sont Francs-Maçons, plus ou moins « affichés ». Pour La Commune, un « Frère » sur dix perd la vie dans les combats ou les exécutions, et un nombre impossible à préciser parvient à s’exiler pour échapper aux procès- puis aux jugements ré-activés par Mac-Mahon.

On peut penser que les choix « traîtres » faits par les « obédiences », en condamnant la Commune, sont à l’origine du grand silence de Vallès dans « l’Insurgé » quant à son appartenance : pas de pardon pour la trahison de petits et grands bourgeois des obédiences maçonniques.

22 Mademoiselle A.,

Venue changer le maillot de piscine contre une habit de rue, elle accepte de rester quelques instants près du trop bavard DeeJeePap75 , dont elle n’apprécie toujours pas les allures de vieux prof un peu confus, ou contusionné par le choc des mémoires, la publique, la personnelle : petit repos d’une grande pose.

Mais, consent-elle depuis son coin de lumière :  » Allez à la fin, puisque nous sommes déjà si loin d’un début si proche ». Donc :

23VALLES, BELLEVILLE

Au départ, près de 900 barricades. On tue à vue, on tire sans regarder, pas de jugement pendant la bataille, pas de prisonniers: 3000 à 5000 morts sur les barricades, et 15 000 à 20 000 massacres à vif, partout, fusillades, et la fin sur les murs du cimetière du Père Lachaise : 150 fusillés. En 1897, des travaux font découvrir à Charonne, annexé en 1860 comme Belleville, un charnier de 800 corps, jetés là comme toujours sans nom ni destin. Sinon, seulement des fuyards qui échappent- tel Vallès ou Louise Michel-, et des arrestations sans preuve ( 40 000 environ) les jours suivants, quand la guerre civile est visiblement gagnée par Thiers.
28 mai 1871, le 28 mai est aujourd’hui, aucune église ne sonne le glas pour tous ces tués, mais on y allume des cierges pour célébrer la victoire…En cette fin de semaine sanglante, seul un terme devrait importer à l’homme : le sentiment de l’humanité. Pas pour tout le monde.

L’humanité si difficile à partager. Hugo, réfugié à BRUXELLES, commence une campagne en faveur d’un accueil solidaire des communeux en fuite, en errance cachée ( c’est le cas de Vallès). Des manifestations s’y opposent, on jette des cailloux sur sa maison, et des cris s’entendent, effrayants :  » A mort, Jean Valjean »!…

Livret de l’opéra de Paris,  » Nixon in China« , page 122 ( les dialogues se croisent):

24Mademoiselle A et DeeeJeePap 75 :

Dans l’alternance des mémoires et la complexité ( abusive?) des narrations enfin, les deux comparses retrouvent l’humide paix des conflits oubliés. Aussi , Vallès/ Nixon, Opéra/Roman. L’oeuvre reconstitue la vérité, mais existerait-il une vérité hors de la mémoire ?

Qu’on se rassure ( ou s’inquiète?) : ce duo rira encore longtemps.

Parfois rire jaune, comme à Pékin, parfois rire jeune, comme à Belleville, parfois un vague éclair de tristesse sur fond de rencontres avec le futur, toujours avec une longue tendresse pour ceux-ci de Belleville, et ceux-là si loin, ailleurs, qui vivent dans le quotidien le vieillissement de leurs espoirs, et la permanence de leur indigne pauvreté. Encore davantage que l’usure de leur peau.

L’opéra ( pas la réalité!) Nixon en Chine, c’est Vallès dans les rues de la Commune : l’incompréhension, puis la méditation sur le passé. Les mondes qui ne se rencontrent pas, celui de Nixon devant les Chinois, et celui des Communards sous le regard des Versaillais. Celui des ardants du progrès et de tout combat contre la pauvreté, l’indignité, l’humilation. contre les fervents de l’individualisme, de l’ignorance du malheur, du mépris.

Mais il y a l’écriture : fuyant, Vallès, dernière phrase du livre- inoubliables phrase et livre :

« Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d’imaginer le point de vue de ceux qui, n’ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière ».(Michel Houellebecq, « Soumision« , Flammarion, 2015). (**)

Entre eux et pour eux et pour ce qui ne s’use : le bonheur quotidien d’être ici, – et même les jours de froid intérieur ou de pluie sur la vie.

Aussi, Deejeepap l’avoue sans réticence, le bonheur des Septante Quinze sans maladie et sans dettes et sans inquiétude pour soi-même. Mais, dirait Mademoiselle A. pourquoi seriez vous inquiet pour vous-même, ce que vous aviez à faire est accompli, et le reste, le monde, vous échappe ?

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Didier Jouault pour : DejeePap/75, à partir des échos tendres du temps. Episode 23 VALLES se bat dans Belleville, l’Opéra ne chante plus, et fin mai c’est la fin aussi des Frères : séquence 7/7, et dernière… Mais ! A suivre ! ( en plus léger) : la disparition de la dame d’en face !..

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