TEMPS de LECTURE entre 5 et 6mn, temps de regard, 1 minute
Elle (une Elle de diverses périodes ) dit (ou disait) :
« Je me change, on y va, je mets un maillot de course et un short pour le footing au bois de Vincennes, je me change, et j’ouvre le soutien-gorge léger, pour un autre qui permet de courir, et – surtout- je change la petite culotte Tam Tam ( elle ajoute, au cours du geste: «tu as remarqué, les hommes portent des boxers -rudes protections- et les femmes de petites choses pour de petites chairs (hypocoristique « petit »)
Mademoiselle A, un grave doute sur le visage : « hypocoristique », vous osez encore , les mots si compliqués ?
-Deejee répond qu’il continue son récit, comme s’il était non pas toi/elle – honorable et respectée comparse de clavier, merci encore de ce rôle ingrat, Mademoiselle A. – mais une banale passante de nuit sans brouillard (toute nuit de désir est le contraire du brouillard) –
Deejee attend, puis : « quoiqu’une passante ne sache de déguiser en banalité,
toute passante est émouvante,
parce qu’elle passe ici, parce qu’elle est l’image de son présent, mais la réalité de mon passé – des possibles et des vérités du passé,
Passé , donc :
c’est le matin et on peut aller courir, et Deejee entend ce qu’Elle dit : « je me change et tu ne dois pas me regarder. »
–Vous allez nous faire un cours sur l’incongruité du rapport du sexe et du nu ? Mademoiselle A.( ayant accès aux notes et projets secrets de DeeJeePAP (**) demande : Il n’y a pas une petite série prévue sur la jeune fille à la lettre de votre peintre préféré, l’homme au petit mur jaune, Vermeer ? Sur le délire du désir quand le social enfin l’obscurcit ? Et toutes ces vieilleries ?
-Deejee : Aujourd’hui, si je me souviens de ce qu’Elle disait avant de courir, si je me mets à nu et que je demande à ne pas être regardé, si à mon tour je récuse l’évidence du regard pourtant banal, c’est parce que désormais les plis de peau le long des bras et des jambes, les plis du front comme du ventre, les détensions de biceps et la tendance de la bourse à la baisse : pas si joli, tout ça, même si c’est encore visible seulement si on veut regarder pour voir.
Si je me change ne regarde pas. C’est comme ça.
-La pudeur, à tout age ?
-Deejee dit : la pudeur, on s’en fout. Mais plutôt cette oppression permanente du nu comme expression d’une vérité de l’être. Voila pourquoi j’ai aimé les jours et soirs où, nus, on parle enfin autrement, ici ou là, serait-ce dans l’exiguë solidarité bouillante du sauna, rue des Rosiers, naguère. 
Mademoiselle A (toujours impeccable) : Attention, raconter le passé, non, interdit, pas ici, et déjà fait plus de 400 fois ( en dix ans de « posts », S.P.O, YDIT-BLOG…). Rien que le présent et son futur, c’est l’engagement des mots sur le passage tendre du temps, donc, définitivement, « Jadis et naguère« , « Parallèlement » : prohibé.
Deejee : prétend qu’il dit sa vérité (sa pensée de la vérité) tandis que, si on veut, quelqu’un regarde sans y penser son sexe posé solitairement sur le canapé, retour de douche, et depuis que la dame d’en face a disparu avec sa fumée, depuis que l’observatrice a perdu l’acuité de ses yeux gris ,
il n’y a plus que cette image de jadis; Tyne regarde sans les voir les fesses de DeeJeepap tourné pour servir à boire dans le petit appartement d’Estépona où les quatre vivaient nus, cet été là, nus sans plus ni moins, humides et tendres dans la villa, et nul ne regarde pas personne,
mais on parle- et autrement, de : autre chose, verre à boire, bonheur de la course au bois. Voila. Mais plus tard, on parle autrement, et mieux, de l’essentiel. Grille de la pudeur relevée, le fossé du paraître est comblé. D’ailleurs, tout cela était l’hypothèse originelle des mouvements naturistes venus ( pourtant) du Nord et du froid ( justement?) : si on a ôté la pelure et la diversité des habits, reste l’uniformité ( et si diverse, et si univoque) de la seule peau. La même pour chacune et tous.
Mademoiselle A : On n’avait pas dit qu’on commençait justement comme ça, lors du premier épisode, cette rencontre de fantasme et de toiles colorées, une expo » Corps et âmes », on n’avait pas dit : moi posant nue et enfin du coup on peut passer à la suite ? Nue, et donc débarrassée des superflus?

-Bon, c’est un jour à langage, si j’entends bien, s’agace un peu Mademoiselle A.
-Oui, mais aussi pour regarder le temps qui pleut sur les gouttières que forme la peau, ici, là, tu vois, ici pour moi tout de suite, et là pour toi plus tard, ici, pour nous ensemble, Deejje-PAP assis dans le confort d’un fauteuil souple, dans le vrai du nu, et tu ne regardes rien d’autre que les mots de maintenant sur mon visage qui peu à peu glisse vers son hier, sans se griser, sans se briser, juste glisser.
-C’est ainsi, Deejee-PAP 75, parfois c’est le tout venant, parfois on écrit. Mais ne me regarde pas, ne regarde pas cette peau qui masque moins bien la fissure de mon biceps un peu douloureux, encore, ne regarde pas mes fesses moins rondes que démusclées, ne regarde pas : si je suis nu, ici, c’est pour qu’ensuite on parle, et d’autre chose.
-Votre biceps ? Depuis le temps qu’on en parle de ce muscle démusclé, de ce tendon détendu ? Oui, je sais, tapoter le clavier, selon la kiné, c’est nocif, comme lire Verlaine et « Amours »? Oui, je sais, porter les bouteilles pour le vieux qui court aux Buttes, c’est néfaste, kiné dixit ?
Donc, ni écrire, ni courir, ce qui est d’ailleurs environ idem. Reste quoi?
-Deejje : « environ idem« , je le garde ! Autre chose, ajoute-t-il : le Présent d’un Futur, le sien, Deejee-75 ans.
Voila ce qui « reste » . Sujet de moins en moins vaste, reconnaissons-le. Car chaque jour est un peu de reste en moins . Et un peu de tendre aussi. Ce que j’en dis :
Tourne toi et me regarde pas pendant que je me change. A Soixante-Quinze ans on n’expose plus ni ses yeux ni ses doigts, ni ses dents ni ses fesses, pâle ou face.
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Didier Jouault pour Deejee-PAP 75 , la tendresse du temps qui passe, échos, Post 42//Tourne toi, et me regarde pas pendant que je me change.
(**): projets et notes resteront secrets pour toujours : ordinateur détruit par sa panne , et « récupération des données » très coûteuse. Choix fait(et c’est Dans la ligne même de ce projet : on ne « récupère »ni mots ni photos ni rien. Demain est encore plus neuf ainsi !

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