TEMPS DE LECTURE : SIX MINUTES
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Les après-midis de l’I Phone, Les Après-midis de l’I phone, dans la rue on entend Stéphane et Claude, main dans la main, pour le plaisir de la clarinette ou d’une patience dans l’azur, celle du papillon-mémoire. Illustrations faciles du présent passant. Du passant passé? Dérouler en tous lieux leurs musiques vivantes, plurielles, faites ou écoutées à plus d’un. Depuis le début de la saison V, « Deejeepap 75 » est passé d’une sorte d’espace vers un autre, étapes menées à deux ou à quinze, train ou pied.
La marche est l’orcheste préféré avec lequel jouer les petites musiques des mouvements du vivre- dedans/dehors.

Seul, depuis les intérieurs ouatés de la cervelle, on dialogue avec soi-même ; on se demande si on pourra trouver un bistrot ouvert arrivant à Cordes ; on reconstruit les dialogues ratés du matin avec la serveuse du café, l’unique terrasse d’un village si petit qu’on efface déjà son nom de l’écran ;
on écrit autrement le scénario jamais joué d’une rencontre jamais faite, mais que demain la déambulation assure possible. Possible, et quoi de mieux?
Par instants, au cours d’une pente un peu longue, d’une remontée un peu rude après le passage de la rivère, on offre à l’autre, à côté, l’autre devant, la main tiède qui permettrait de partager l’effort dans dissiper la solitude. Ailleurs, la proximité du vide appelle à l’aide les doigs ou le bâton de qui partage l’à peine visible chemin, sentier aveugle que de poudreux cailloux tentent de faire disparaître.
Vivre à SEPTANTE-QUINZE et davantage, on ne sait jamais si ça descend ou si ça monte ?
Alors, en ce moment suspendu entre effort et angoisse, surgit à nouveau la fréquente question : mais qu’est ce que je fais là?
L’écran baveux de l’IPhone, plus tard, donne le tracé trop précis d’un parcours gommé par cette question : qu’est-ce que je fais là ?
Là : ici ? Réunion parmi les pairs, vaste population que de loin préside le ministre, fugace passager de sa propre impuissance ; dîner de travail dont les écrevisses pâles et le vin trop sec marquent d’ennui les interminables services ; soir d’association fraternelle où le plaisir attendu d’un partage sensible se transforme en abîme d’impatience devant la vacuité du propos ; spectacle privilégié d’une « première » arrogante et fastidieuse dans son jargon bien-pensant et l’amie qui invita hurle ses riens sur une scène dévastée par une tornade de mauvais jeu ; écoute accablée d’une lecture d’auteur à la maison de la Littérature où l’on ne connaît personne mais où l’usage de l’abonnement conduit à de stupides assiduîtés ; piétinement harassé, d’une toile à l’autre, toutes vides et insolentes de silence bavard sur lui-même, dans cette galerie où l’on ne vient qu’à l’invitation d’une visiteuse-trop tôt partie ; cérémonie – mariage, action de gràces, décoration, remise de prix où presque tout indique encore davantage la stupéfiante vanité par laquelle on oublie l’évidence absolue ( et sans terreur acceptée) de notre propre finitude …

Mademoiselle A : Notre propre finitude? On s’arrange avec toute autre évidence si facilement, mais pour celle-ci, un peu de temps reste nécessaire.
Encore une minute ? Souvent aussi, Deejeepap se demanda ce qu’on attendait de lui, autour de cette table de huit, fin de colloque, diner de réunion, cocktail d’ouverture, hasard d’hôtes dans une maison-étape d’un soir? Qu’il pétille et s’amuse? Raconte et donne le sens ? Evoque les travaux d’usine d’emboutissage plastique à quinze ans et les palmarès de concours affichés dans le hall de l’Ecole ? Affirme les idées ou les chiffres ? Anonne Oenone ou Enonce Oceano Nox ?
Mais ce soir, à Cordes, dans le petit hôtel, de solides images recouvrent la question du « pourquoi ». L’image souvent s’impose en indiscutable réponse : regard, chose vue ( encore Victor?), peinture, photo… Marcher. Laisser venir un présent que nul ne discute ni dispute. Tendresse, facilité du geste, gravir sans hâte les rives du fleuve, et se souvenir ce soir que l’inévitable ennui du plateau granitique un matin n’était que le préambule à l’entrée silencieuse dans le village, hier. Barbacane, pavés encore disjoints, et- dans la superbe vieille bâtisse carrée du XVII ème siècle, un Anglais délicat et discret diffuse la caresse de vivre en servant un thé trop noir.
Dans le grand salon, qui fut le coeur d’une gendarmerie au XIX ème sièce, les ouvertures permettent de regarder le silence de l’horizon, et d’y penser comme s’il n’avait plus jamais le devoir d’avancer au rythme de la marche.

Dans un murmure lointain, l’Anglais prépare le dessert inattendu qu’on attend, et voila tout!
Voilà tout : SEPTANTE QUINZE QUINZE. Et de plus en plus davantage.
Ce soir,
C’est un large buffet sculpté ; le chène sombre
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens.
Mademoiselle A. : Ce n’est pas le meilleur d’Arthur – cependant il a tout juste quinze ans, on pardonne.
« Mais, dans l’hotel, c’est le meilleur de Christophe, répond DeeJeePap, le patron de l’hotel, jadis ébéniste- mais il n’y a plus de travail pour les ébénistes- puis un peu libraire-café, mais il n’y a plus de lecteurs dans les cafés, sauf d’anciennes américaines en survètement violet et « Nike » verts, conduites par une « Agence » qui se croit maligne, ricanant du change lorsqu’elles déchiffrent la carte trop locale. «
Sur l’étagère d’un buffet, dans la salle des petits-déjeuners souvent déserte (les marcheurs se lèvent tôt à l’étape), on bavarde avec Chritophe. Parallèlement, un « Verlaine » solitaire et pas glacé, peut-être porte encore – on le voit – la trace d’une main naguère humide, australienne ou ivoirienne, qui aime aussi le toucher des livres, des vins, des femmes, des pierres, comme jadis. Le buffet s’ouvre comme une malle à souvenirs?
Mais – déception- ce n’est que cela, « cela »que ( précisément) le souvenir couvrait de paillettes – à présent éteintes?
Mademoiselle A. – elle sait que son rôle finira bientôt, elle en profite – elle alerte DeeJeepap : « L’ouverture du buffet, le dessert de l’Anglais, et (demain) les menaces d’un jeune conseiller municipal ayant avec les siens depuis peu conquis la municipalité d’un minuscule village pour en chasser bourgeois et touristes, on dirait que l’épisode QUARANTE-HUIT s’adonne à une sorte de nostalgie bon-pied/bon-oeil, du pire effet », elle le pense, et elle le dit.
La nostalgie n’a-t-elle pas toujours été un piège pour faire chuter le futur ? ( même délicieuse nostalgie )
-Et puis, change-t-elle d’avis, pourquoi ne m’emmenez-vous pas, sous votre bras ou sur votre épaule, pour finir, moi qui n’ai jamais fait qu’oser et poser pour vous, depuis notre première rencontre dans un musée, il y a presqu’un an ? Oser, causer, poser, coser, puisque mon oeil vous donne des idées comme mon nu vous donne des mots?

DeeJeepap : « Vous seriez frustrée, parce que tout cela ne peut pas durer, les scènes tendres de la vie, le petit pain offert par la boulangère de la grande place étrangère, la rude remontée depuis le bras du fleuve, l’infinie surprise d’un belle librairie au creux d’un village perdu, ou – demain- le sourire complice d’un fillette à la sortie de la crêche, le geste anonymement amical d’un voyageur de rencontre dans le bar à vin qui va fermer , « last orders, Sirs »
Mademoiselle A lui demande alors ce qu’il faut faire maintenant, si on ne part pas ensemble ? Il répond que, ensemble, ce n’est pas nécessaire de partir, qu’on peut encore parler du violon de Michel ou des affiches d’Alain, ou de la maison de Gil, ou du passé de Marc, ou de tous ces autres avec qui on déjeune moins, mais profondément vivants.
Et puis, pour épisode 52, évidemment ,finir cette histoire de SEPTANTE QUINZE, non?
-Mademoiselle A. ( agacée, peut-être?): Et des femmes ? On n’en parle pas ?
Puis, se tait, se ravise, s’excuse presque , oui, oui, en effet, depuis onze ans, et quatre cent cinquante posts, les femmes, beaucoup…


Mais, elle complète , « Mon vieux deeJeePap 75, n’en parlons pas, en effet, et comme je vous disais : on dirait que l’épisode QUARANTE-HUIT s’adonne à une sorte de nostalgie bon-pied/bon-oeil, du pire effet, » elle le pense, et elle le dit. La nostalgie n’a-t-elle pas toujours été un piège pour faire chuter le futur? Voila tout! »
SEPTANTE-QUINZE QUINZE, et de plus en plus davantage, et voilà tout.
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Didier jouault pour : SAISON V , DeeJeePap-75 : vers l’effacement des échos tendres du temps. Episode 48 , La Fin, moins 4. Un piège pour faire chuter le futur.
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